2013-04-29 Les raisons d’une conversion au protestantisme

Publié le par Alain GYRE

Les raisons d’une conversion au protestantisme

Après l’annexion, bien des choses sont bouleversées à Madagascar et les Malgaches, en général, ne sont pas les seuls à en faire les frais. C’est ainsi que, d’après la lettre d’un Français habitant dans la Grande île et écrite en juillet 1897, les protestants se plaignent de leur situation, pour ajouter aussitôt « que leurs premiers envoyés, les Langa et les Escande ont fait ce qu’ils ont pu pour la rendre telle ».
L’auteur de la missive explique cette nouvelle condition des membres de la religion réformée par le fait qu’ils ne sont plus protégés. « La politique libérale et impartiale suivie par le Général (Gallieni), qui a consisté à n’afficher aucun esprit de chapelle, pas plus dans un sens que dans un autre, dans les relations officielles avec les indigènes, et à accorder à toutes les religions une protection égale, devait avoir pour résultat l’atrophie du protestantisme, dont la seule force avait été jusqu’à ce jour d’être religion d’État. »
Au XIXe siècle et bien avant, les Malgaches n’ont pour seule foi que celle établie par les traditions. C’est pourquoi la caractéristique de l’insurrection des Menalamba contre les Vazaha, est un retour aux vieilles coutumes.
En outre, il faut souligner un fait, « la déclaration comme religion d’État à Madagascar du protestantisme et l’étude des mobiles qui ont poussé le Premier ministre Rainilaiarivony à favoriser la conversion de la reine Ranavalona II ».
Incités par leur animosité contre l’ancien chef du gouvernement royal en exil, les Français donnent leur propre version concernant cette conversion à la Cour d’Antanana­rivo. « Il ne faut pas croire que ce fut pour faire plaisir aux Anglais. Il y avait un autre motif bien malgache. »
Selon l’auteur de la lettre, Rainilaiarivony agit pour faire d’une pierre deux coups. D’abord, il veut détacher la reine du vieux parti malgache qu’il a indisposé en s’emparant du pouvoir. Et en faisant de Ranavalona II une reine protestante, il compte s’appuyer sur les Anglais qui ont promis leur concours, en cas de révolution de Palais. Ensuite, obligées de respecter la tradition, les fortes têtes du vieux parti imiteront la reine, « perdant peu à peu les vieux préjugés dont par sa situation même il pouvait être la victime ».
L’auteur de la lettre argumente en citant la relation du dernier voyage de Rasoherina qui quitte la capitale le 20 juin 1867. Il se réfère aux premières phrases du document. « La reine de Madagascar Rasoherimanjaka et tous les sujets qu’elle avait désignés pour l’accompagner à Andevoranto, se mirent en route le jeudi dans la deuxième période d’Alahamady, à 8 heures et demie du matin. En quittant son palais, elle entra à Mahitsielafanjaka (case d’Andrianampoinimerina). Elle en sortit pour aller prier aux sept tombeaux (ceux des anciens rois), puis à celui de Radama 1er. En quittant ce dernier, elle alla faire ses dévotions près de Kelimalaza et de Rafantaka. »
L’auteur de la missive en conclut qu’en 1867, ces deux fétiches conservent encore toute leur puissance. Ils ont leurs cases et leurs prêtres dans l’enceinte même du Rova, et la reine n’ose entreprendre aucun voyage sans d’abord se les rendre favorables.
Par la suite « en arrivant à Ambohi­manambola, elle fit un détour et quitta la route de Tamatave pour aller visiter Kelimalaza. Elle pria. Rasamo (le grand-prêtre) fit le kabary dans les formes voulues, puis elle continua sa route. »
Telle est donc la conviction de Rasoheri­manjaka, du Premier ministre Rainilaiarivony qui l’accompagne et de toute sa Cour en 1867. Moins de deux ans après, en février 1869, Rainilaiarivony et la nouvelle reine, Ranavalona II, reçoivent le baptême des Méthodistes.
« Il avait pu se rendre compte, pendant tout le règne de Rasoherina, de la situation des esprits parmi les Andriana » et dès la mort de la souveraine (avril 1868), il constitue « à son profit » l’Église d’État (décembre 1868).
« Il n’y a pas eu conversion de la masse, mais simplement obéissance à un ordre. Les protestants anglais ayant voulu faire croire en la vitalité de leur institution, n’ont cessé de présenter en Europe leurs prosélytes comme de parfaits chrétiens. Les protestants français ont pris toutes leurs déclarations pour argent comptant et sont venus à Madagascar comptant y trouver la foi et le zèle religieux. »

Pela Ravalitera

Lundi 29 avril 2013

Notes du passé

L’Express

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