2013-05-13 Un singulier sens de l’honneur

Publié le par Alain GYRE

Un singulier sens de l’honneur

Alors que Sir Robert Farquhar part pour un long séjour dans son pays, le même jour, le 19 novembre 1817, James Hastie retourne dans la Grande île pour vérifier si les termes du traité sur l’abolition de la traite signé avec Radama 1er, le 23 octobre, sont respectés. Dès son arrivée à Toamasina, le 24 novembre, il constate : « Dans le port principal où les cargaisons d’esclaves avaient été entreposées, la plupart des traitants redoutant les représailles du roi s’ils transgressaient ses ordres, s’employaient à vendre leurs biens et se préparaient à quitter Madagascar. » Hastie part alors vers Antananarivo où il reste pour repartir en février 1818, « dans le but de me rendre à Maurice et d’en revenir au moment fixé (mois de mai) muni des articles convenus » par le traité.
La ville de Toamasina est presque désertée, les quelques trafiquants restés sur place s’étant lancés dans de nouvelles entreprises, telles l’abattage de l’ébène et des bois de construction navale. Certains ouvrent des établissements pour collecter la gomme. Le tout, en vue de l’exportation. « Le trafic des esclaves passait pour être totalement aboli et ceux qui s’étaient livrés à ce commerce inhumain, n’essayaient pas de le poursuivre clandestinement car ils le considéraient comme définitivement supprimé. Telle était la situation à Madagascar le 5 avril 1818. »
Mais le même jour, au grand étonnement de tous, un navire arrive dans le grand port avec plusieurs traitants notoires. Ils annoncent que le général Hall ne veut pas verser les subsides promis à Radama (l’Equivalent), qu’il n’entretiendra plus de relations avec les chefs de Madagascar et qu’il ne maintiendra plus d’agents dans le pays. Le général Hall assure l’intérim de Farquhar en tant que gouverneur de Maurice, du 19 novembre 1817 au 10 dé­cembre 1818. Convaincu que son prédécesseur et ses collaborateurs sont des partisans de la Traite des esclaves, il révoque ces derniers et prend une série de mesures qui le rendent impopulaire, et il est rappelé à Londres.
Les traitants remettent à Hastie la lettre du gouverneur intérimaire qui le rappelle à Maurice avec une « ironie triomphante et blessante » : « Qui possède le plus pur sens de l’honneur, les Anglais civilisés ou le sauvage Radama » Puis, ils envoient une délégation pour informer le roi de la décision du gouverneur de l’île Maurice. Radama n’y accorde cependant pas foi et envoie deux ministres qui arrivent à Toamasina fin avril. Comme James Hastie ne peut que confirmer, ils lui annoncent alors que Radama est disposé à abolir la vente des esclaves pour une période indéterminée. Mais « si je ne revenais pas en mai, à la date fixée, il autoriserait une reprise immédiate de la vente le lendemain même du jour où expirerait l’accord ». Hastie embarque pour Maurice « en proie à un mélange de crainte et d’espoir ». Quand il y débarque le 26 mai 1818, « mes pires inquiétudes étaient dépassées, mes réclamations furent traitées avec mépris ».
Un mois plus tard, les premiers missionnaires accompagnés de leurs familles débarquent à Port-Louis, envoyés de Londres par la LMS, et les responsables croient que les relations établies par Farquhar avec Mada­gascar sont poursuivies par son successeur intérimaire. Un entretien avec le général Hall leur fait connaître la véritable situation. Ils découvrent « qu’ils ne pouvaient compter sur aucun chrétien, alors que seule l’influence du gouvernement employée avec habileté leur aurait donné la possibilité d’obtenir des résultats dans la grande tâche qui leur était dévolue ». Le général Hall leur déclare qu’ils peuvent se rendre à Madagascar, mais à titre privé.
Le Rév. David Jones arrive à Toamasina le 18 août, retourne à Maurice pour aller chercher sa famille et revient vers le 20 novembre. Son enfant puis sa femme meurt en décembre. Bevan et sa famille débarquent dans la Grande île le 6 janvier 1819 : son enfant décède le 20, lui-même le 31 et son épouse le 3 février. Des premiers missionnaires anglais, seul David Jones survit à la fièvre.

Pela Ravalitera

Lundi 13 mai 2013

Notes du passé

L’Express

 

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