2013-05-23 Flacourt, un illustre aventurier

Publié le par Alain GYRE

Flacourt, un illustre aventurier

 

L’Histoire de Madagascar et le récit détaillé d’un séjour de sept années au fort Dauphin publiés en 1658, révèlent dans Flacourt l’un des illustres hommes du grand siècle. C’est du moins ce que s’accordent à dire, au début de la colonisation de la Grande île, des écrivains français.

« Naturaliste distingué et bon observateur, politique avisé, administrateur intègre et vigilant, tout naturellement courageux, patient par tempérament et prudent par raison, Flacourt qui mourut pour avoir voulu continuer son œuvre, a sa place parmi les premiers et les plus dignes entre les grands pionniers de la France. »

Ces auteurs insistent sur la réimpression de l’ouvrage d’Etienne de Flacourt et en citent deux raisons. La première est, selon eux, que les Malgaches n’ont pas changé depuis l’époque de ce « directeur général de la Compagnie française de l’Orient et commandant pour S.M. Louis XIV dans la Grande île de Madagascar ». Ils conservent leurs mœurs,

« leur fétichisme », leur langue et ce naturel souple et « perfide ».

La deuxième raison est le grand enseignement qu’il donne aux administrateurs français au début de la colonisation, lui qui avait lutté pendant sept ans sans aucune nouvelle ni aucun secours de la Métropole. Et ce, « au milieu de difficultés quotidiennes, les surmontant toutes et ne quittant la colonie- décidé à revenir- que le jour où il est absolument sans aucune ressource et certain d’être abandonné par la Compagnie ».

Les mêmes auteurs encouragent les dirigeants de la Colonie à lire et relire les deux derniers chapitres « relatifs à l’insuccès de l’opération commerciale qu’il a dirigée et aux avantages que l’on peut tirer de l’établissement de colonies à Madagascar ».

Ils donnent ensuite un résumé du voyage de 1648, qui amène de France au fort Dauphin « les premiers éléments sérieux de colonisation et d’exploitation ». Relation de voyage qui, d’après eux, est nécessaire si l’on pense à ce que représentait en 1648 une telle aventure, les efforts opiniâtres et intelligents que cela nécessitait, d’autant plus méritoires si l’on suggère un parallèle avec la situation de Madagascar à la fin du XIXe siècle.

« Nous voulons faire dans cette colonie ce qui a été fait, ce qui a été possible ailleurs, et pour cela, il est bon de comparer, pour donner confiance, les moyens dont disposaient les grands audacieux qui ont fait la fortune de leur patrie, n’ayant souvent comme chez nous, d’autre récompense que l’abandon ou l’ingratitude de la Métropole ».

Le voyage de Flacourt sur le Saint-Laurent commandé par le capitaine Le Bourg, du

21 mai au 5 décembre de l’année bissextile 1648, dure 198 jours, dont 17 jours pour les séjours et les escales (soit 181 jours en mer).

La vitesse moyenne effective du trajet total correspond à peu près au dixième de la vitesse des transatlantiques du début du

XXe siècle. « Malgré cette lenteur de marche, Flacourt ne manifeste jamais un moment d’impatience. Cela lui paraît tout naturel et quand, à la baie de Saldaigne, le navire semble perdu sur un récif, il se contente de dire : Nous avons cru que notre voyage était fait et que nous serions habitants de ce pays. »

À première vue, Flacourt semble être bien fixé sur les conditions de la navigation à son époque en se basant sur la première exploration de Christoph Colomb vers l’Ouest en 1492, (45 miles par jour en moyenne), du voyage de Vasco de Gama qui avait mis en 134 jours pour atteindre Le Cap en 1497.

Il faut aussi ajouter que le capitaine Le Bourg devait être un marin expérimenté, en tout cas, il connaît la route qu’il suit pour la seconde fois.

« Il est probable qu’il faisait le point plus souvent que ne le relate Flacourt. Car malgré deux erreurs qu’il commet dans le trajet de l’Île de Sel à Saint-Vincent et en entrant dans la baie de Saldaigne, on ne peut que louer sa prudence et son habileté. »

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Jeudi 23 mai 2013

Notes du passé

L’Express

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