2013-07-05 Ambohibeloma, la colline des adieux

Publié le par Alain GYRE

Ambohibeloma, la colline des adieux

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L’Imamo dont l’importance est considérable, comme le signale en 1971 Georges Augustins, assistant de coopération (lire précédentes Notes) renferment de nombreux sites historiques. A commencer par Ambohibeloma qui est l’une des Douze collines sacrées de l’Imerina. D’après Georges Augustins qui cite l’un de ses informateurs, les Nobles qui y ont vécu, ne sont pas des Zazamarolahy (caste régnante) mais des Andriamasinavalona.

Expliquant la destinée d’Ambohibeloma, il déclare en substance : « Avant le temps d’Andrianampoinimerina, il y avait là un roi dont j’ignore le nom. Il possédait une grande armée avec laquelle il attaque Ambohitrondrana (frontière probable de l’Imamo occidental). Le résultat en fut une séparation des terres à Ambohibe. Il y a là une pierre levée. »

Plus tard, après la conquête du souverain merina, « il y avait là deux Andriana qui se nommaient Ratsimanatona et Rabasivalo. Le territoire qu’Andrianampoinimerina leur donna, s’étendait d’Antongona, englobant l’Ombifotsy, jusqu’à Ambatolava, village situé au nord d’Ambohibeloma. Il y a là une (autre) pierre levée faite par Andrianampoinimerina à Ratsimanatona… Ils tuèrent un bœuf blanc, la première moitié revint à l’Est et l’autre à l’Ouest ».

Sur l’ordre d’Andrianampoinimerina, l’un des deux rois doit quitter Ambohitrondrana et c’est en souvenir de leurs adieux que le village se serait appelé « Ambohibeloma », la colline de l’au-revoir. Ratsimanatona meurt. C’est son fils qui lui succède jusqu’à l’arrivée des Français. On peut encore voir son tombeau, surmonté d’une Tranomanara, signe distinctif des sépultures royales.

Georges Augustins profite de son écrit sur Ambohibeloma pour raconter la « version originale » d’une légende qu’il recueille dans la contrée.

« A Anosimanjaka, vivaient deux sœurs qui étaient Andriamasinavalona et qu’Andrianampoinimerina tenait en affection. Elles vinrent à se disputer et décidèrent de se séparer. » Et Rakapila, la cadette, de dire : « Je vais quitter ce lieu, car il n’est pas le mien. Si mes ancêtres continuent de m’aimer, ils me protègeront. » Alors elle suit le cours de l’Ikopa en affirmant : « J’habiterai là où aboutit cette rivière. » La tradition orale précise qu’elle se serait servie d’une feuille de nénuphar en guise de pirogue. C’est en cet équipage qu’elle parvient à Manantsoa où elle fonde son domicile. Manantsoa se trouve à environ 20 km d’Ambohibeloma.

A leur tour, ses parents auraient emprunté le même chemin pour venir lui porter leur bénédiction. Ils déclarent alors : « Voici la terre où tu pourras vivre en toute quiétude. » Alors elle vit là jusqu’à sa mort et y est enterrée.

Toujours dans cette contrée, les anciens Malgaches gardent également le souvenir d’un Merina, de caste hova, appelé Andriantsihanika. Il avait la réputation d’un saint et de détenir le pouvoir de guérison. « Son tombeau est aujourd’hui encore le lieu de sacrifices. »

Autre site historique important dans l’Imamo, Ambatolevy ou Vatolevy qui aurait été, selon les « Tantara ny Andriana » le fief d’Andriantomponifonesandahilehibe. Au cours d’une attaque sakalava, il prend la fuite et meurt aux confins de l’Onibe et de l’Irihitra. Le nom d’Ambatolevy provient d’un gisement de fer situé à proximité du village. On peut, dit-on, y voir une pierre couchée de 80 cm de long, composée de deux éléments, granit et fer.

Pourtant en 1971, on ne se souvient plus à Ambalevy du roi Andriantomponifonesandahilehibe, mais seulement d’un Andriana nommé Ramarolahy qui a eu des esclaves arabes dont on peut encore voir les tombeaux. D’après Georges Augustins, Ambatolevy regroupe en fait deux sites, l’un réservé aux Andriana, l’autre aux Hova. En 1971, deux souterrains sont encore visibles permettant de passer discrètement d’un site à l’autre en cas de siège, le second donnant accès à l’Onibe qui coule en contrebas. La citadelle andriana possède deux entrées, l’une à l’Est et l’autre à l’Ouest, toutes deux munies de lourdes portes à disque.

 

 

Pela Ravalitera

 

Vendredi 05 juillet 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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