2013-07-06 Leiloza, le jeune prince pervers

Publié le par Alain GYRE

Leiloza, le jeune prince pervers

 

Après Ambohibeloma et Ambatolevy, Ambohitrambo. Comme notre précédente Note l’a écrit, l’Imamo comporte différents sites historiques très intéressants. Ainsi d’Ambohitrambo qui se présente comme une colline très abrupte, d’accès difficile.

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Parmi les rois qui s’y succèdent, seul Andriantokanady est resté dans la mémoire des habitants, précise en 1971, Georges Augustins, assistant de coopération. Selon son informateur, il exerce sa domination sur toute la région.

« Andriantokanady résidait à Ambohitrambo. Razakaratiana, l’une de ses proches parentes, habitait à Ambohitrarenina. Le dernier descendant d’Andriantokanady, Ramahatra, vivait dans un lieu qui portait son nom, Andramahatra, mot qui désigne également toute la région d’Ambohitrambo. »

Andriatokanady a un fils dénommé Leiloza. Son nom s’explique par un trait dominant de son caractère. « Ce Leiloza aimait à faire souffrir la population pour le plaisir. Il élevait un troupeau de bœufs. Quelquefois, il donnait l’ordre de faire monter le bétail sur la colline. Puis sans raison, de le faire redescendre. De là vient le dicton : « Akaro ahidina toy ny andry ombin’i Leiloza. »

Il y a une autre anecdote sur ce jeune « homme dangereux ». Quand à Antongona, village distant de 25 km d’Ambohitrambo, les habitants brûlent quelque chose (généralement, pour annoncer une attaque ennemie), Leiloza sarcastique déclare : « Eteignez le feu d’Antongina, la fumée risquerait de m’étouffer. » Ce qui donne une version du dicton populaire : « Efa ho lava toy ny afon’Antongona » ou « interminable comme le feu d’Antongona ».

Une autre version parle d’une épouse royale installée sur cette colline sacrée qui fait allumer le feu chaque fois qu’elle a la nostalgie de son souverain. Tant et si bien que lorsque des feux sont allumés pour annoncer que le Rova est pris d’assaut par des ennemis, plus personne ne s’en préoccupe.

Une autre fois, Leiloza fait tresser deux cordes de soie qui, placées l’une en dessous de l’autre, forment un pont. Il devait enjamber la contrée séparant Ambohitrambo et Antovanankera, au nord d’Arivonimamo. Leiloza ordonne à l’un de ses sujets de se rendre à Antovanankera par ce moyen. Quand celui-ci arrive à bon port, à sont tour, il s’engage sur le pont.

C’est alors que son père s’inquiète : « Mon peuple souffrirait encore plus après ma mort si Leiloza survivait… » Et il enjoint à ses hommes de couper les cordes sitôt que le jeune prince aurait franchi la moitié du parcours. Le jeune homme fait une chute mortelle. « L’endroit où l’on trouva son corps fut désormais appelé Manjakazaza, lieu où l’enfant règne.

A l’arrivée des Français colonisateurs, les corps des rois défunts sont transportés à Ambohitratrenina, hormis celui de Leiloza. « Paradoxalement, ce dernier est depuis 1959-1960, l’objet d’un culte et de sacrifices. » D’après l’informateur de Georges Augustins, ce sont surtout les habitants de régions éloignées qui viennent ainsi solliciter les faveurs de Leiloza. « Ils vont même jusqu’à réparer son tombeau. »

Sous l’administration française également, l’Etat construit une route qui mène sur la colline. « Un Vazaha nommé Peter Becke habita là-haut avec de nombreux soldats. Plus tard, il s’installa à Antatinarivo, un village à fossés. Après sa mort, un autre Français lui succéda là. Enfin, les Malgaches ont pu récupérer le terrain et celui qui en fit l’acquisition prétend être un descendant de Leiloza. »

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Samedi 06 juillet 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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