2013-07-09 Le droit français sur la Grande île ignoré

Publié le par Alain GYRE

Le droit français sur la Grande île ignoré

 

Le 10 septembre 1819, Sylvain Roux, agent commercial français à Madagascar, écrit une Note au directeur des Colonies, M. Mauduit, dans laquelle il rapporte une conversation du baron Armand Louis Maurice Séguier, consul général français à Londres.

Sylvain Roux signale que « la reconnaissance de nos droits sur Madagascar serait avouée par le gouvernement britannique et que nous ne devons nous attendre qu’à quelques difficultés de la part de

M. Farquhar, le seul qui regrette et regrettera toujours de ne pouvoir s’étendre autant qu’il l’aurait désiré sur cette île ».

Sir Robert Towsend Farquhar, gouverneur de l’île Maurice, est alors en congé en Europe. Il séjourne à la même époque à Paris où il vient de recevoir la Croix de chevalier de la Légion d’honneur.

Et comme au même moment, le baron Séguier est également dans la capitale française, Sylvain Roux suggère qu’on aille le voir

« pour savoir où en sont les choses en Angleterre ».

Mais aussi qu’on aille contacter Sir Robert Farquhar « pour s’assurer enfin, d’une manière positive, qu’il exécute les ordres de son gouvernement de février 1817, relatifs à la rétrocession pure et simple de tous nos comptoirs, c’est-à-dire de tous les points abordables de la côte orientale (de Madagascar). Car soit par des agents du Roy ou des résidents particuliers et faisant le commerce, nous avons depuis cent-cinquante ans occupé ces divers points ».

Pourtant, Jean Valette, archiviste-paléographe, signale qu’en février 1817, « il n’y a pas, à proprement parler, d’ordres relatifs à cette rétrocession pure et simple ». En outre, en parlant des cent-cinquante ans d’occupation, l’agent français fait sans doute « allusion à la Compagnie des Indes orientales de 1664 et au Conseil souverain créé à cette occasion ».

Sylvain Roux révèle aussi qu’un certain Carol, Français vivant à Sainte-Luce et de passage à l’Île de France (Maurice), veut y introduire environ 20 tonnes de tabac provenant de ses plantations.

Comme les Français ont déjà réclamé leurs anciens comptoirs, il s’informe sur les droits qu’il aurait à payer.

Le directeur des Douanes, Sollier de la Terrière, l’adresse au gouvernement de Maurice pour le déterminer : « … attendu que Madagascar faisait toujours partie des dépendances de l’Île de France,

on ne pouvait mettre des droits sur des objets provenant de ces dépendances. »

En passant à Bourbon par la suite, toujours convaincu que les comptoirs de Madagascar appartiennent à la France, il s’adresse aux douanes réunionnaises pour poser la même question et le directeur répond : « Il y aurait un droit assez fort pour tous tabacs introduits et venant de Madagascar.»

Sylvain Roux s’inquiète alors que la généralisation de cette mesure sur les denrées et objets venant de Madagascar, ne risque d’entraîner l’abandon presque certain de tout commerce de ce pays avec Bourbon; « commerce qui, au contraire, devrait par tous les moyens être encouragé ».

Il insiste auprès de M. Mauduit pour accélérer la rétrocession de nos anciens comptoirs à Madagascar, d’autant qu’en aucun temps, « les Anglais n’ont eu besoin de venir se ravitailler en bœufs vivants dans la Grande île puisque depuis 1811, ils se sont adressés après de traitants établis à Toamasina et Tolagnaro. Enfin, aucun agent du gouvernement britannique ne s’y est intéressé ».

L’agent commercial français conclut : « Ainsi donc, tous les grands mots d’intérêt colonial doivent être appréciés à leur juste valeur et le gouvernement français en consentant que les Anglais s’établissent au Port Louquez (village entre Antsiranana et Vohémar) et plus au Sud, au Cap de Leys (dans la presqu’île de Masoala), fera une concession généreuse et pleine de bienveillance pour le gouvernement britannique… »

Et de préciser : « Encore le consentement devrait-il porter seulement pour le temps qu’ils resteront propriétaires de l’Île de France, car notre renonciation pour cette partie de la côte orientale ne doit pas leur donner le droit d’y demeurer dans le cas où ils ne seraient plus à l’île Maurice. »

 

Pela Ravalitera

 

Mardi 09 juillet 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article