2013-07-10 Une propriété française rarement contestée

Publié le par Alain GYRE

Une propriété française rarement contestée

 

À la suite de deux lettres que lui adresse Sylvain Roux et d’autres avis dont celui de l’ambassadeur de France

à Londres, le marquis d’Osmond,

M. Mauduit, directeur des Colonies, rédige une Note adressée au Conseil des ministres.

Celle-ci reprend, en grande partie, les idées de l’agent commercial à Madagascar.

Dans cette Note, il explique que, depuis 1642, la France a le droit de souveraineté sur toute la côte orientale de la Grande île et « jamais cette propriété ne lui a été contestée ».

Ce que confirme le Traité de Paris de 1815 par lequel le gouvernement britannique reconnaît que « Madagascar ne fait pas partie des Établissements cédés par la France à la Grande-Bretagne », sous la désignation générale de Dépendances de l’Île de France.

Pourtant, en 1817, le gouvernement de celle-ci montre des prétentions sur la côte orientale de Madagascar et se réserve la facilité d’y entretenir des agents diplomatiques, réduite par la suite au droit d’y avoir des agents de commerce pour le ravitaillement en riz et en bestiaux.

Il ajoute que le gouvernement de l’île Maurice affecte toujours de « considérer Madagascar comme sa propriété en entretenant à Toamasina un délégué au curateur des successions vacantes et en accordant à un habitant de Sainte-Luce l’introduction à Maurice sans payement de droit, d’une certaine quantité de tabac » (lire précédente Note).

« Une pareille prétention paraît devoir être formellement repoussée », réclame M. Mauduit qui précise : « La demande que fait le gouvernement de Maurice d’entretenir des agents de commerce sur les points de la côte orientale de Madagascar qui sont la propriété exclusive de la France, ne pourrait être accueillie sans danger. Il en résulterait les plus graves inconvénients pour le succès de nos opérations qui, bientôt, se trouveraient contrariées par des menées secrètes de ces agents. »

D’après le directeur des Colonies, la demande des Anglais n’est qu’un prétexte, car ils peuvent très bien s’approvisionner par l’intermédiaire de traitants établis à Toamasina et au Fort Dauphin.

Pour pallier ce problème, il suggère d’accorder en franchise « l’extraction libre des bœufs, riz et denrées du pays». La France ne conteste pas le droit des Anglais de fréquenter la côte occidentale de Madagascar.

Et « si le gouvernement du roy jugerait de faire à l’Angleterre quelque concession sur la côte orientale, elle devrait être limitée depuis le Cap nord de l’île jusqu’au lieu dit Cap de Leys, lieu qui serait réservé à la France. Et ce, pendant le temps que durera le temps d’occupation de l’île Maurice par les Anglais ».

M. Mauduit conclut ainsi : « Au moyen d’un semblable arrangement, la France conserverait la propriété exclusive de toute la côte orientale depuis le Cap de l’Est jusqu’au Cap Sainte-Marie, dans le Sud-ouest. Les peuples de Madagascar n’auraient de rapport qu’avec les Français qu’ils sont habitués à voir depuis plus de cent-cinquante ans, et les établissements que nous voudrions former se trouveraient à l’abri de toute influence étrangère. »

Selon Jean Valette, « on était loin du Tout ou Rien que les chancelleries française et britannique et les gouverneurs des deux puissances dans l’océan Indien s’étaient jetés à la face ».

D’après l’archiviste-paléographe, si la Note de

M. Mauduit a été adoptée et devenue la doctrine du gouvernement français, « elle aurait été à n’en pas douter une base pour les discussions ultérieures et elle aurait peut-être permis de normaliser les relations franco-britanniques concernant Madagascar.» Mais cette Note du directeur des Colonies ne restera qu’une velléité.

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Mercredi 10 juillet 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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