2013-07-11 La grande guerre entre le Nord et le Sud

Publié le par Alain GYRE

La grande guerre entre le Nord et le Sud

L’Auteur anonyme (AA) qui écrit un manuscrit à partir d’un voyage effectué dans la Grande île vers 1750, se penche sur plusieurs aspects de la vie des autochtones, dont leur peuplement. Il s’intéresse surtout sur les descendants arabes qui peuplent le Sud, à savoir les Zafiraminia.
Il admet, sans hésiter, que ceux-ci s’installent dans le Nord. Mais dans le Sud, c’est une toute autre affaire. « Il y avait longtemps que je cherchais à découvrir comment des descendants des Arabes pouvaient se trouver fixés vers l’extrémité du Sud de l’île. »
Deux « ombiasy » venant des Matitanana lui expliquent, alors qu’il se trouve au Fort Dauphin, d’où les Zafiraminia tirent leur origine. « Des Arabes », soutiennent-ils.
Ce que met en doute AA puisque les Arabes ne fréquentent, selon lui, que le Nord de l’île entièrement opposé à leur pays et qu’ils n’ont absolument aucune communication entre eux vu le grand éloignement qui les sépare.
D’après l’un des devins, autrefois les Zafiraminia ont habité dans le Nord, mais ils ont été repoussés à la suite d’une « grande guerre ». Ils s’enfuient vers le Sud pour trouver un asile et s’y établissent.
Le « ombiasy » n’arrive toutefois pas à déterminer de manière exacte le moment de ce conflit, laissant simplement entendre que c’est dans des « temps reculés ». Il précise cependant que dans son pays, il existe des livres qui le mentionnent, écrits en caractères arabes.
En se déplaçant dans le Nord, AA profite pour confirmer cette information sur la grande guerre dont évoque l’ « ombiasy » de Matita­nana. Mais personne ne ré­pondra pas à ses questions. D’ailleurs, les gens du Nord ne parlent de ceux du Sud « qu’avec le plus profond mépris ».
Néanmoins, des Français qui sillonnent l’intérieur de Mada­gascar et surtout le Nord, entendent parler d’anciennes guerres entre les peuples du Nord et ceux du Sud. Ils ajoutent qu’elles sont la cause de « la haine implacable qui subsiste entre eux ».
Au bout du compte, AA finit par obtenir des renseignements sur cette « révolution arrivée dans l’île ». Les Zafiraminia du Sud ont jadis habité dans le Nord, « sans doute vers Bombetoka », sur la côte occidentale où l’on voit encore des Arabes. Bien qu’appelés de « race étrangère », dans les premiers temps de leur installation, ils se seraient mariés avec les filles de ces contrées.

Peu à peu, il se sera formé un peuple métis et une colonie arabe qui, en s’accroissant, aura voulu dominer sur tout le pays. Et « peut-être la diversité d’opinion en matière de religion aura-t-elle allumé les haines de secte, et ces guerres sont terribles ».

AA termine sur ce chapitre en signalant qu’une fois de plus, il se forme tous les jours, sur les bords de Bombetoka, un peuple de métis arabes dont le nombre ne cesse d’augmenter. « Il semble que tout se prépare pour une révolution nouvelle dans cette partie. La catastrophe n’est peut-être pas si éloignée qu’on le pense. »

Parlant toujours de peuple, à propos des Hova, AA indique « qu’ils se prétendent issus de Blancs » naufragés sur la côte Ouest de l’île.

Selon Jean Valette, archiviste-paléographe, c’est une assertion non conforme aux traditions généralement répandues qui fixèrent le lieu de débarquement des Merina sur la côte orientale, « sans qu’il soit d’ailleurs possible de préciser davantage».

Pourtant dans ses « Trois mois de séjours à Madagascar », Dupré semble partager l’avis de AA : « La tradition les (Merina) fait descendre des naufragés jetés sur la côte Ouest. Poursuivis et traqués par les indigènes, ils se seraient réfugiés dans l’intérieur de l’île. »

AA s’étonne cependant que, contrairement aux Zafirminia, « ce peuple, le plus spirituel de tout Madagascar », se trouve sans écriture. Il émet des hypothèses sur les raisons de cette situation.

Ainsi, il suppose qu’au début de leur débarquement, les Hova ont longtemps erré dans le pays ; que « continuellement inquiétés par les naturels et sans cesse préoccupés par leur défense, ces malheureux n’eurent ni la faculté ni le loisir d’instruire leurs enfants dans les arts de leur patrie » ; qu’enfin, lorsqu’ils sont plus tranquilles, « ils auraient pu la cultiver mais ne l’avaient pas fait ».

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Jeudi 11 juillet 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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