2013-07-23 Une haine déchainée par l’adultère d’une épouse

Publié le par Alain GYRE

Une haine déchainée par l’adultère d’une épouse

 

Par Pela Ravalitera

 

Tandis que Pronis croupit en prison, son épouse, la belle «Andrian-Ravelo» met à profit ces « vacances imprévues » et trompe « abondamment son seigneur et maître ».

« Un beau gaillard du nom d’Andrian-Rajao, véritable Don Juan de l’Anosy, régnait alors sur les cœurs des dames de Fort-Dauphin, où ses succès amoureux étaient innombrables… Il n’était femme ou fille de grands qui eut osé repousser ses avances, de peur de le désobliger… » (Urbain-Faurec).

Dès qu’il apprend que Pronis vient d’être jeté en prison, Rajao se souvient qu’il a un vieux compte conjugal à régler avec lui. 

« Deux ans auparavant, sa propre femme, Rafitana, cédant aux galantes instances du gouverneur, avait ridiculisé le pauvre époux. » 

Assuré que Ravelo est désormais sans protection, Rajao n’a de cesse qu’il ne fait subir à son rival l’universelle loi du talion. D’ailleurs, l’épouse du gouverneur tombe, sans trop se faire prier, dans ses bras.

Les choses auraient pu en rester là et rentrer dans l’ordre, comme il arrive dans ce genre d’affaires lorsque le principal intéressé est laissé dans l’ignorance. Mais la liaison de Ravelo et de Rajao et les ébats du couple sont publics et « pendant des mois avaient défrayé la chronique scandaleuse de la colonie et les plaisanteries de tous les corps de garde de la garnison, heureux de voir mis au pillage l’honneur d’un chef détesté ».

Ainsi, informé dès sa sortie de prison, Pronis jure « de tirer une vengeance éclatante ». Mais Rajao a déjà quitté Fort-Dauphin pour se réfugier auprès de son frère, le roi du territoire voisin, Andrian-Ramaka. Comme ce dernier est depuis longtemps l’allié des Français, il compte sur lui pour apaiser la colère de Pronis.

Malheureusement pour lui, c’est bien à cet allié que le gouverneur de la Colonie s’adresse pour lui demander la tête du fugitif !

Une tâche bien délicate pour le roi qui essaie de tergiverser pour gagner du temps, tout en ergotant sur la réalité et la gravité des faits, dans l’espoir de voir le Français se calmer.

Pourtant, ce dernier passe rapidement à l’action et sans attendre la réponse de Ramaka, envoie 12 soldats à la poursuite du coupable. L’un d’eux, Saint-Martin, qui réussit à gagner la confiance de Rajao, l’emmène sur une falaise et en profite pour lui tirer un coup de mousquet à bout portant.

Rajao qui reçoit la décharge dans la joue, se laisse glisser au bas de la falaise et feint la mort. Les spadassins rentrent au Fort, tout heureux d’annoncer la nouvelle à leur chef.

Mais Pronis apprend bien vite que son rival s’en est sorti indemne et lance à nouveau quatre hommes à ses trousses. Ne pouvant mettre la main sur Rajao, ils exécutent son beau-père et remettent à Ramaka l’ultimatum du gouverneur : « … S’il ne lui livrait pas la tête de Rajao, il lui déclarerait la guerre ainsi qu’à tout le pays… »

Comprenant que toute la famille risque d’y passer, Ramaka laisse jouer la raison d’État. 

« Au petit jour d’un matin de novembre 1647, un émissaire parut sur la grande place du Fort-Dauphin et, d’une corbeille de jonc, tira la tête exsangue de Andrian-Rajao et la fit rouler aux pieds de Pronis. Et comme Andrian-Ramaka avait voulu faire preuve de bonne volonté à l’égard du gouverneur, il avait même ajouté, à la tête qui lui était impérieusement réclamée, celle d’un inconnu, obscur et vague comparse de Andrian-Rajao… »

L’honneur conjugal du maître de la Colonie est vengé. Mais dans tout le pays, femmes et filles portent dans leur cœur le deuil de leur idole. 

De même, de l’autre côté de la frontière, Andrian-Ramaka jure sur le souvenir du supplicié que « par adresse ou par surprise, il fallait exterminer tous les Français, comme leurs pères et leurs aïeux avaient fait autrefois des Portugais… »

Et en réalité, les malheurs conjugaux de Pronis et sa vengeance déchaîneront contre les Français des haines « dont les sanglantes conséquences se feraient encore sentir à trente ans de là. Petites causes, grands effets, ainsi va l’Histoire ! »

 

 

 

 

Mardi 23 juillet 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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