2013-07-24 Le gouverneur Pronis se montre beau joueur

Publié le par Alain GYRE

Le gouverneur Pronis se montre beau joueur

 

Par Pela Ravalitera

 

De retour en France, en passant par l’île Bourbon,  où il a débarqué les 12 meneurs des mutins du Fort Dauphin qui se sont rebellés contre Pronis, le capitaine Le Bourg, commandant  du « Saint-Laurent », fait ses rapports aux directeurs et administrateurs de la Compagnie de l’Orient.

Il informe ainsi ses chefs des désordres qui se sont produits à Fort-Dauphin et des différends qui y ont opposé Pronis à son personnel. Il le fait en toute objectivité et en toute équité, sans charger Pronis. 

Cependant, les directeurs de la Compagnie de l’Orient que cette situation inquiète, craignent de voir la Colonie leur échapper. Ils décident alors d’envoyer l’un des leurs, Etienne de Flacourt, en mission d’inspection dans la Grande île.

En 1648, quand la Compagnie lui fait ses offres, Flacourt a 41 ans. Sa position de gros actionnaire de la société et, surtout, sa proche parenté avec Jules de Loynes, son oncle maternel, alors Secrétaire général de la Marine et membre influent du conseil de la Compagnie, lui valent d’être nommé « Directeur général » à Madagascar. Sa mission immédiate sera « de s’informer sur la situation de la Colonie et de renvoyer Pronis en France, après lui avoir demandé compte de son administration et du maniement des biens de la société ».

Mais qui est Etienne de Flacourt ? « Au physique, les rares portraits… nous le montrent lourd, corpulent et bouffi, résultat d’un régime habituel trop riche en viandes, en venaisons et en vins généreux. Au moral, il était assurément intelligent, audacieux et probe, mais intolérant, bourru et fantasque » (Urbain-Faurec, « Aventuriers et conquérants de Madagascar »). 

Description à laquelle Barbié du Bocage ajoute : « Ses notions en matière coloniale se bornaient à celles d’un Fernand Cortez ou d’un François Pizarre… »

Le 15 décembre 1648, il arrive devant Fort Dauphin à bord du « Saint-Laurent » ramené par le capitaine Le Bourg. « Malgré son assurance naturelle et l’autorité que lui conféraient ses hautes fonctions, le Directeur général n’en demeurait pas moins perplexe et indécis sur la façon d’annoncer à Pronis la disgrâce et l’enquête dont il allait être l’objet. » 

Il connaît, de réputation tout au moins, le caractère violent du gouverneur de Fort Dauphin et il n’ignore pas qu’une partie de la garnison qui appartient, elle aussi à la religion réformée, lui est profondément attachée.

Comme il sait les liens d’amitié qui unissent Pronis à Le Bourg, Flacourt demande à ce dernier de préparer le premier, et avec ménagement, à ces mauvaises nouvelles. Bien que cette délicate mission semble au capitaine Le Bourg « une fâcheuse corvée », il s’en acquitte. Mais sans entrain. Pourtant, il réussit pleinement.

Quelle n’est alors la surprise de Flacourt et même du commandant du « Saint-Laurent » de voir Pronis venir à bord du navire. Se montrant beau joueur, il remet sans hésitation ses pouvoirs de gouverneur de la Colonie entre les mains de « Monsieur le Directeur général ».

Celui-ci fait « incontinent » débarquer les troupes amenées de France avec lui, grâce auxquelles il fait une « entrée honorable  parmi une population stupéfaite du changement opéré à son insu ».

Les premières entrevues entre l’ancien et le nouveau gouverneurs sont d’ailleurs empreintes d’une certaine cordialité et d’une confiance réciproque. 

Au début de sa mission, Flacourt ne manque pas de décrire, en de termes élogieux, son prédécesseur.

« … Je trouvais Monsieur de Pronis tout autre qu’on me l’avait dépeint et ne connais en lui qu’une grande sincérité et une grande franchise. S’il y a eu désordre, c’est qu’il n’a pas été obéi ni respecté, le malheur n’étant venu que des volontaires qu’on lui avait envoyés… Je ne voulais pas faire arrêter le sieur Pronis, ni lui rendre aucun déplaisir, l’ayant trouvé trop honnête homme pour cela et trop disposé à faire ce que j’eusse voulu pour le traiter de la sorte… »

Mais cette bonne disposition envers Pronis ne durera pas et Étienne de Flacourt ne tardera pas à montrer à quel point il est changeant, lunatique.

 

 

 

 

Mercredi 24 juillet 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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