2013-07-25 Les sautes d’humeur incompréhensibles de Flacourt

Publié le par Alain GYRE

Les sautes d’humeur incompréhensibles de Flacourt

 

Les premières bonnes dispositions du « Directeur général » de la Compagnie de l’Orient à Madagascar, à l’égard du fondateur de Fort Dauphin, ne durent pas longtemps. Sous l’influence des intrigues et des calomnies des ennemis de Pronis, les sentiments et les opinions de Flacourt vont subir un changement complet.

Urbain-Faurec, dans son ouvrage « Aventuriers et conquérants de Madagascar », cite quelques exemples illustrant ce côté fantasque d’Etienne de Flacourt.

« Galant homme et curieux de beautés exotiques, Flacourt avait tenu, dès son arrivée au Fort Dauphin, à connaître Andrian-Ravelo (l’épouse autochtone de Pronis) dont, assurait-il, il avait entendu vanter les charmes jusques à Paris »

Il lui témoigne beaucoup de courtoisie et de sympathie et lui remet quelques présents de valeur qu’il a rapportés de France à son intention. Il lui fait même comprendre qu’il la tient « comme légitime épouse de Pronis qu’il considérait comme son propre frère ».

Ce qui ne l’empêche pas, à quelques jours de là, de donner, inopinément et sans raison, l’ordre à la jeune femme de quitte le Fort. Et donc d’abandonner la maison qu’elle y occupe depuis longtemps avec ses servantes et ses esclaves.

« Et comme Pronis manifestait le désir de l’accompagner, Flacourt, se refusant à toute explication, le fit arrêter et mettre aux fers !». C’est le premier signe des sautes d’humeur incompréhensibles du « Directeur général ».

Quelque temps après, il vient demander à Pronis, d’être « le parrain de la petite fille métisse de ce dernier ». Dans un esprit de conciliation et d’apaisement, pense-t-il.

En effet, bien que huguenot, Pronis décide de faire baptiser et instruire sa fille par les prêtres lazaristes récemment installés au Fort Dauphin.

Mais de plus en plus, Flacourt se laisse

« circonvenir » et fait preuve de parti pris et d’injustice pour complaire au clan hostile à son prédécesseur. « Un jour, il donna l’ordre à Pronis d’embarquer comme simple matelot à bord d’un petit bâtiment qui se rendait sur quelque point de la côte, en quête de bois et de cire. »

Pronis veut éviter tout incident qui aurait pu amener de nouveaux troubles dans la Colonie. Aussi accepte-t-il avec calme les brimades et les affronts dont il est chaque jour victime.

Un autre trait de caractère d’Etienne de Flacourt est illustré par le comportement suivant.

Malgré sa sévérité et son rigorisme, il ne dédaigne pas de se livrer, de temps à autre, à la plaisanterie, « fut-elle d’un goût le plus douteux ».

Un jour qu’Andriantsise, un chef de la contrée envoie au Fort un mousquet à réparer, le « Direc­teur général » décide de jouer un tour au chef et indirectement à Pronis. Car il sait qu’ Andrian­tsise est un ami et allié de son prédécesseur.

Il ordonne à l’armurier chargé de la réparation de forer un trou dans la culasse du mousquet et de le reboucher sommairement avec du plomb. Ainsi, pense-t-il, au premier coup de feu, la charge de poudre éclaterait au visage du tireur et lui arracherait le nez.

Pronis, informé de cette mauvaise farce, en prévient son ami. Dépité et quelque peu honteux, Flacourt envoie, une fois de plus, l’ancien gouverneur en prison pour huit jours,

« comme s’il se fut agi d’un mauvais soldat ».

Las et désabusé, Pronis ne demande plus qu’à quitter la Colonie. L’occasion lui est offerte le 19 février 1650, plus de sept ans après son arrivée dans l’île.

Le Saint-Laurent doit rentrer en France au bout de deux années passées à Madagascar. Or, pendant ce long séjour il a perdu un certain nombre de matelots et le capitaine Le Bourg demande à Flacourt de compléter son équipage.

« Heureux de pouvoir se débarrasser des fortes têtes de la garnison et de ceux qui boudaient son administration, Flacourt désigna 48 hommes, choisis de préférence parmi ceux qui étaient de religion réformée. Et naturellement, Pronis fut du voyage. »

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Jeudi 25 juillet 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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