2013-07-29 Nosy Ibrahim, un petit Eden bien irrigué

Publié le par Alain GYRE

Nosy Ibrahim, un petit Eden bien irrigué

 

Arrivé à Galhemboule (Fenoarivo-atsinanana) le 9 octobre 1651,, Étienne de Flacourt, « Directeur général » à Madagascar au nom de la Compagnie de l’Orient, y reste un mois. Il en profite pour visiter les environs et étudier les mœurs des autochtones. Le 12 novembre, il remet les voiles et arrive dans la même journée à Nosy Ibrahim

(île Sainte-Marie) où il est accueilli « avec une joie sincère et une certaine surprise par la petite colonie française qui ne comptait plus que huit personnes » (Urbain-Faurec « Aventuriers et conquérants de Madagascar »).

Ils sont bien installés dans des habitations entourées de jardin, qui offrent « tout le confort et les commodités qu’on pouvait s’attendre à trouver à cette époque dans une île lointaine ».

Flacourt constate que le pays est riche et les pluies fréquentes y entretiennent une remarquable fertilité. Les Français y cultivent du tabac et de la canne à sucre.

Ils recueillent fréquemment sur les rives des quantités appréciables d’ambre gris que rejettent les baleines alors nombreux dans ces parages. Ils achètent ou troquent avec la population locale des résines, de la gomme de Tacamaca et des « burgaus qui sont de gros coquillages dont on tire la nacre ».

Ils peuvent également se procurer de la soie grège, mais la récolte en est peu abondante du fait que « les insulaires qui en ignoraient la valeur, méprisaient et rejetaient les cocons, mais croquaient comme une friandise les gros vers bien dodus ».

Flacourt sillonne ce « petit éden » très vallonné et très irrigué par d’abondantes sources et rivières. Les côtes de l’île sont parsemées de « cayes », îlots rocheux à demi submergés, abritant des myriades de poissons. Selon le naturaliste, « c’est là qu’on rencontre les plus beaux rochers de corail qui se puissent voir au monde et où se trouve aussi une infinité de beaux coquillages que les Nègres vont chercher au fond pour les vendre aux Français… »

Cependant, « malgré tous les agréments de l’île et les facilités de vie qu’ils y trouvaient », ces derniers sont inquiets car plusieurs d’entre eux n’ont pas supporté le climat et étaient morts au cours des derniers mois. C’est pourquoi ils demandent à Flacourt de les relever et de les ramener au Fort Dauphin, « ne fut-ce que pour y changer d’air ».

Mais leur départ jette la consternation parmi les insulaires pour qui la présence de la petite colonie française suffit à écarter de leurs rivages les incursions d’une troupe de Hollandais, établis depuis longtemps au fond de la baie d’Antongil. Effectivement, ils viennent périodiquement à Nosy Ibrahim « razzier » les jeunes gens pour les envoyer en esclavage dans leurs comptoirs de Batavia.

Flacourt doit alors promettre de remplacer ceux qu’il emmène et « comme gage de sa promesse », laisse dans l’île plusieurs de ses serviteurs et travailleurs venus de Fort-Dauphin, auxquels il confie la garde des habitants et des marchandises qu’il ne peut emporter.

Le voyage du retour se fait sans heurt, car quittant Sainte-Marie le 18 novembre, Flacourt atteint le Sud six jours plus tard,

« un temps record ». Il trouve la colonie en pleine prospérité et largement pourvue de bœufs grâce aux razzias qu’Angeleaume, gouverneur intérimaire, a opérées sur les territoires de l’intraitable Andrian-Ramaka. Il en a même rapporté une balle de mousquet au bras gauche, tirée par Andrian-Manang, fils du chef en colère.

Dès le retour de Flacourt, pour se venger, Angeleaume se met à la tête de 80 Français et de quelques centaines de partisans, et organise des opérations de répression. Les récoltes sont détruites. Plusieurs villages appartenant à Andrian-Ramaka sont incendiés et rasés. Lui-même est tué en combattant « malgré que ses ombiasy-sorciers l’eussent assuré que les balles des Français ne tueraient point parce que la pluie, qu’ils tentaient de faire tomber en temps voulu, mouillerait la poudre et les mèches à feu… »

Flacourt qui se rend sur les lieux du carnage un peu plus tard, avoue « qu’au matin, l’herbe était aussi rouge et ensanglantée comme si l’on eut coupé le cou à plus de 30 bœufs ».

Parmi les nombreux prisonniers ramenés à Fort-Dauphin, se trouvent les chefs Andrian-Manang et Andrian-Tsirong. Au cours de leur soumission, selon les rites, absorbant une bonne portion de foie de bœuf cru, ils se déclarent désormais « fidèles sujets de Louis de Bourbon » et offrent une rançon de 4 000 bœufs.

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Lundi 29 juillet 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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