2013-08-01 La difficile fondation du Fort Dauphin

Publié le par Alain GYRE

La difficile fondation du Fort Dauphin

 

 

 

Quand Pronis, fondateur de la colonie de Fort-Dauphin, , débarque en septembre 1642 du « Saint-Louis » sur la plage de Sainte-Luce, il est en compagnie de

40 Français placés par la Compagnie de l’Orient sous ses ordres. Surpris, ils trouvent, installés dans un village environnant, huit naufragés français dont Cauche est le chef.

Ces colons vivent tant bien que mal en trafiquant ce qu’ils ont pu sauver du désastre. Pronis

leur présente le privilège royal accordé à la Compagnie qui lui attribue le monopole du commerce à Madagascar. Ils n’hésitent donc pas à se placer sous son autorité.

La plage de Sainte-Luce, marécageuse, est cependant soumise aux rafales des moussons. Elle « suinte » la fièvre « contre laquelle les paillotes hâtivement élevées » ne suffisent pas à protéger les immigrants déjà très éprouvés par le voyage en mer de six mois. « En quelques mois, le cimetière eut plus de locataires que le village des colons dénommé Saint-Pierre » (RP A. Engelvin).

Les survivants partent à la recherche d’un site plus hospitalier et le trouve à 40 km plus au Sud, sur la presqu’île à la surface ondulée de Taolanara « où ils se transportèrent avec armes et bagages».

Là, ils peuvent bâtir sur le roc, élever un fortin qui les met à l’abri de toute attaque, soit terrestre soit maritime, « reposer leurs yeux brûlants de fièvre sur un panorama ravissant et respirer l’air sain que la brise apporte du large océan ».

La nouvelle cité est appelée Fort Dauphin pour honorer le jeune fils du roi de France, le futur « Roi Soleil », Louis XIV. Il reste maintenant à se mettre au travail pour établir un comptoir. Mais les désillusions surgissent aux premières pluies.

Urbain-Faurec écrit à ce propos dans son ouvrage « Aventuriers et conquérants de Madagascar »: « L’effectif se composait alors des quatorze survivants des hommes amenés par Pronis l’année précédente, des sept Français demeurés avec Cauche et d’un renfort de soixante hommes arrivés de France en mai 1643, premier noyau de cet établissement de Fort Dauphin qui devait donner en 1665 le nom d’Île Dauphine à Madagascar tout entier et demeurer pendant deux siècles la capitale et le point d’appui de notre colonisation dans la Grande île. »

L’opposition se manifeste très vite entre les administrés et leur jeune chef de 23 ans. Les principaux griefs faits à Pronis sont de deux sortes.

Comme beaucoup de coloniaux, il épouse une femme du pays, Andrian-Ravelo, fille d’un roitelet du voisinage. Et comme tout étranger qui prend une femme malgache, il adopte toute sa parenté pour laquelle « il gaspillait les biens de la Compagnie».

La révolte couve et finalement, il est mis en prison d’où, le 26 juillet 1646, le capitaine Le Bourg, commandant du « Saint-Laurent » arrivé à Fort-Dauphin, le libère (lire l’une de nos précédentes Notes).

Mais la plus grosse faute commise par Pronis, « mais dont il ne porterait pas seul la lourde responsabilité », c’est d’avoir accepté de fournir des esclaves à Le Bourg dont il est devenu l’obligé. Celui-ci en a promis à un certain Van der Mester, sous les ordres du gouverneur de l’Île de France.

« Le Bourg ne savait pas encore où les prendre, mais il en trouverait, l’affaire était trop intéressante pour la laisser échapper. »

Pourtant, Pronis lui non plus n’a aucun esclave à vendre, ne serait-ce que pour complaire à Le Bourg. « L’autre insista. Pronis lui devait tout, le pouvoir, la liberté et sans doute aussi la vie. À bout de résistance, le malheureux céda et livra au maître despotique que les circonstances lui avaient imposé

60 Indigènes. Ce furent d’abord ses propres domestiques et, chose plus grave encore, des habitants des environs qu’il avait attirés au Fort, sous la fallacieuse promesse d’une distribution gratuite de provisions et qu’il embarqua de force à bord du navire après les avoir fait lier deux par deux» (Urbain Faurec). À la suite de quoi, le 15 décembre 1648, débarque Etienne de Flacourt, envoyé par les administrateurs de la Compagnie, inquiets des rapports de Le Bourg.

Mais comme Pronis, il aura aussi à affronter ses administrés et les populations locales. « Il eut des succès et aussi des déboires tels qu’il essaya de quitter Fort-Dauphin clandestinement. Mais son embarcation ne pouvait affronter la grosse mer, et il revint au logis, assez penaud. »

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Jeudi 01 août 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

Commenter cet article