2013-08-03 La fondation de Mananjary par un Zafiraminia

Publié le par Alain GYRE

La fondation de Mananjary par un Zafiraminia

 

Ville maritime s’ouvrant sur l’océan Indien, et située sur la rive gauche du fleuve qui lui a donné son nom (à moins que ce ne soit le contraire !), Mananjary comprend deux parties qui chevauchent la lagune Ampotamantsina sur le canal des Pangalana.

La ville ancienne s’est fondée sur une dune étroite allongée du Nord au Sud et contiguë à la mer. La nouvelle extension, s’est construite au-delà de la lagune, sur un plateau de sable parallèle.

Armand Raomelina qui a mené des études sur les Antambahoaka dont il a publié des Notes vers la fin des années 1960, indique que la fondation de la vieille cité remonterait au XVIe siècle sur l’initiative de Ravalarivo, arrière-petit-fils d’un émigrant de la Mecque, Raminia.

« Evincé du trône dont il était le légitime héritier par un frère consanguin, Raminia, de dépit, quitta la Mecque pour immigrer aux îles Comores où il s’attendait à un accueil favorable, suivi des siens, de ses partisans, en particulier de son frère germain Andrianakovatsy qui passe pour l’un des ancêtres des Antanosy de Fort-Dauphin. »

Arrivé sur la côte orientale de l’Afrique, à la hauteur de Dar-es-Salam qu’une violente tempête assaille, le boutre de Raminia, désemparé, dérive vers l’Est. En essayant de se redresser, il échoue sur le littoral Nord-est de la Grande île, probablement à Ihary, près de Vohémar, comme en témoignent certains vestiges « d’objets orientaux » que, selon Hubert Deschamps, « des fouilles récentes ont mis à jour ».

Après avoir tenté de séjourner, en vain, à Ihary, puis à Ivondro près de Toamasina, la longue suite de Raminia « séduite par la luminosité de l’air marin », longe le littoral vers le Sud. Elle ne s’arrête qu’à Ambinanin’i Sakaleona, un peu au nord de Nosy Varika. Elle s’y établit, ce qui se révèle « favorable à la multiplication de la race ».

C’est de là que les descendants de Raminia dont Ravalarivo, se répandent sur l’Est de l’île, un demi-siècle plus tard, alors que lui-même est rentré à la Mecque. Ils s’installent surtout entre la Matitanana et la Fanantara et, un peu plus au nord, à Ampanotoana près de Masomeloka, ainsi qu’à Ambalafamafa et Amboantalanina, à l’ouest de Nosy Varika.

D’ailleurs, par endroits, « des monuments bien conservés attestent encore le passage massif ou le séjour intensif des émigrants ». C’est le cas à Ambohitsara sur la Fanantara où « l’on trouve encore de nos jours une statue d’éléphant pesant plus de 1 000 kg, en grès sculpté couvert d’inscriptions en caractères orientaux, témoignage authentique de la lointaine origine dont se réclament les habitants du village ».

À la suite de quelques aventures à Vohimasina sur la Farony, puis à Vohibola, près d’Ambohitsara, et enfin à Mahela, Ravala­rivo se replie vers le Sud, arrive à Mahazoarivo au bord du Mananjary où il s’arrête avec l’intention de s’y fixer.

Mais il ne peut rester trop loin de la mer et il se transfère sur la dune de la ville ancienne où il construit une cité, Masindrano, village aux eaux saumâtres, qui est actuellement un des quartiers de la ville.

Ravalarivo a cinq fils, Rame­laza, Rantsiaka, Rafandaharana, Ramasindifa et Satrokefa. À leur majorité, ils construisent autour de la résidence paternelle, des villages riverains du Mananjary, à savoir Ankatafana, Tsaravavy, Marofody, Manakana et Ambalaromba dont ils deviennent les patriarches.

« Ils y forment en quelque sorte les piliers sur lesquels est bâti l’édifice de la tribu Antambahoaka ou Zafiraminia. »

Ravalarivo est l’incontestable détenteur de Sourates, comme le confirment quelques chapitres transmis à ses successeurs. Dès lors, son prestige est immense et sa science enchante son peuple.

Très vite, son village ne manque pas de devenir un centre d’attraction où de nombreux princes viennent le consulter sur l’astrologie, la divination et « autres pratiques mystérieuses que comporte la civilisation musulmane ».

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Samedi 03 août 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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