2013-08-05 L’évolution de Mananjary à travers les âges

Publié le par Alain GYRE

L’évolution de Mananjary à travers les âges

 

Si les débuts de la fondation de Mananjary sont quelque peu obscurs, du moins comme l’indique le chercheur Armand Raomelina vers la fin des années 1960, son développement commence surtout à l’époque de l’occupation merina.

C’est de cette période que Masindrano, nom de la vieille cité, est surnommé Mananjara ou ville chanceuse, mot qui se corrompt en Mananjary et « fut transmis ensuite au fleuve qui la baigne ».

Avec l’arrivée des Merina, elle devient un port et, selon Hubert Deschamps, elle joue des rôles importants.

D’après cet auteur, en 1824, Jean René, roi des Betsimisaraka, une fois soumis à Radama 1er et devenu son allié, se charge d’une expédition militaire dans le Sud-Est, accompagné du Grec Nikolos. Ce dernier est, plus tard, nommé Andriambaventy (chef avec droit de justice) à Mananjary.

Cette influence lointaine des Merina se traduit par quelques monuments qu’ils ont laissés. Armand Raomelina cite, à ce propos, le temple protestant d’Ankadirano, fondé en 1890 sous la reine protestante Ranavalona III.

Toujours d’après Hubert Deschamps, sous Ranavalona 1ère, « reconnu citoyen malgache et investi du pouvoir d’un agent principal du commerce extérieur », établi à Toamasina comme représentant de la Maison réunionnaise Rontaunay, le Breton Napoléon de Lastelle achète une plantation à Mahela, à 25 km au nord de Mananjary.

Comme Mahela est situé à l’embouchure du lac saumâtre Rangazavaka, l’accès de son petit port est gêné par une barrière de récifs de coraux et ne permet pas de rapports régu­liers, en particulier avec Toamasina et La Réunion.

Il doit, de ce fait, recourir à l’embouchure du Mananjary qu’un chapelet de lagunes, juste interrompues par de petits Pangalana- lieux de transbordement- peut facilement mettre en communication avec Mahela.

À l’arrivée des Français à Madagascar en 1895-1896, Mananjary est donc déjà un centre important, « un port marchand fonctionnant normalement ». La ville est choisie par les Français comme centre d’exploitations commerciale, agricole et industrielle et sa renommée ne cesse de croître au rythme de l’affluence européenne. Et en tant que circonscription administrative, elle est tour à tour chef-lieu de province, de région, de district délégué et de

district.

Néanmoins, avec l’ouverture de la ligne ferroviaire Fianarantsoa-côte Est qui aboutit à Manakara, cette dernière ville tend à la détrôner de son rôle économique dans la région.

Sous la République malgache, elle devient chef-lieu de préfecture dont l’autorité s’exerce sur huit postes de commandement, à savoir la sous-préfecture de Mananjary avec les deux arrondissements de Vohilava et d’Antsena­volo; la sous-préfecture de Nosy Varika avec l’arrondissement d’Ampasinambo ; la sous-préfecture dIfanadiana avec l’arrondissement d’Ambohimanga-du-Sud ; et la sous-préfecture de Fort-Carnot.

Les diverses influences subies de longue date font de Mananjary une ville urbaine. Vaincus dans une lutte inégale, la plupart des habitants ont perdu leurs terrains de culture au profit des colons et dès lors, « ils sont désorientés de l’indépendance rurale ».

Beaucoup doivent leur existence aux Maisons de commerce, en particulier aux opérations maritimes.

« Il est pourtant regrettable que, quoique bien relié au Centre de l’île par une bonne route, le port de Mananjary voit ses opérations se ralentir

au bénéfice de celui de Manakara. Et quelle catastrophe si jamais il cesse de fonctionner régulièrement !... Avec les sous-préfectures de Nosy Varika et d’Ifanadiana, Mananjary est l’un des plus grands centres de production de café de toute

l’île !»

En 1967, le recensement montre que la population de Mananjary est à majorité Antambahoaka.

Le reste est inégalement représenté par tous les groupes ethniques de l’île, dont les trois principaux sont les Antemoro, les Betsileo et les Betsimisaraka.

Mais malgré ce cosmopolitisme évident, Mananjary reste la capitale des Antambahoaka, un peuple qui est attaché à tout ce qui relève des ancêtres, au respect des Mpanjaka ou patriarches…

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Lundi 05 août 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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