2013-08-06 Le Patriarche, chef incontestable du clan Antambahoaka

Publié le par Alain GYRE

Le Patriarche, chef incontestable du clan Antambahoaka

 

Les Antambahoaka, comme le décrit Armand Raomelina, chercheur qui a étudié ce peuple dans les années 1960, sont attachés à tout ce qui relève des ancêtres. Ils vivent sous le régime patriarcal avec en tête des quatre grands clans, des Mpanjaka.

Le Patriarche est désigné durant un grand Kabary (assemblée) parmi les doyens d’âge qui ont prouvé qu’ils ont toujours respecté les traditions ancestrales dès l’âge viril et sont initiés à tous les rites.

Au sein du clan, il dirige toutes les relations civiles. « Prêtre de droit pour le culte des ancêtres, il est l’intermédiaire entre les morts et les vivants. Comme chef temporel, il est un auxiliaire indispensable de l’autorité locale pour intercéder entre le peuple et l’administration locale. »

Si, au quotidien, c’est un homme comme un autre, il se distingue dans les grandes cérémonies qu’il préside. Il revêt son costume patriarcal : arborant une « tunique de pourpre », il est alors « coiffé d’une chéchia rouge et drapé dans une grosse soie crème à grandes rayures rouges et noires ».

Sa demeure sert à la fois de salle de réunion du clan, de temple où se célèbre le culte des ancêtres, « maison des vivants et des morts ! » Elle est construite sur un modèle antique immuable : une case rectangulaire sur pilotis, sans véranda, au toit à deux pentes fait en feuilles de ravinala.

Ses parois sont bâtis en falafa, nervures de feuilles de ravinala tressées, son plancher en écorce de ravinala étalée. « Le toit est surmonté de bâtons de bois croisés, portant une image d’oiseau de mer sculpté. Le rameau de ramiavona (cèdre local), appuyé à l’extérieur du pignon nord et passant entre les bras de la croix extrême du faîte, atteste une récente cérémonie de circoncision célébrée dans la case. »

Pour tous ces usages, la maison est à une seule pièce et son intérieur est entièrement garni de nattes. Elle est constamment chauffée par un foyer interne, « les mânes des ancêtres ayant horreur des maisons sans feu ».

La religion fondamentale des Antambahoaka est, comme il est dit précédemment, le culte des ancêtres dont le summum est constitué par la cérémonie de la circoncision et les funérailles des Mpanjaka.

Chez ce peuple, la circoncision se déroule tous les sept ans, plus exactement au printemps des années qui commencent par un vendredi (taonjoma) ou par un mercredi. Le rituel est très long et jadis, l’ensemble de toutes les formalités dure une semaine.

Cependant, d’après Armand Raomelina, l’intérêt de toute la manifestation se concentre sur « la cérémonie de l’exode », rite qui consiste en une grande procession se dirigeant vers l’embouchure du fleuve Mananjary, « en souvenir de cette porte d’accès du lointain ancêtre ».

La veille du jour de l’opération, à partir de midi, toute l’assistance s’y dirige. En tête, marche le porteur de la « ranomahery », eau non survolée par aucun oiseau, que l’on a puisée à l’embouchure dès l’aube. Elle est destinée à panser la blessure des garçons à opérer. L’eau est contenue dans un « voatavo arivolahy», calebasse luisante à col rétréci et à la tête et au flanc arrondis.

Le porteur d’ « arivolahy » est choisi parmi les membres présumés chanceux du clan, dont les pères et mères sont vivants et qui portent un nom favorable, tels Sambivelona, Moravelona, Botoampy…

L’ « arivolahy » en équilibre sur la tête, le regard fixé devant lui, le corps droit, il déplace ses jambes tendues comme fait un jouet mécanique et rase le sol de ses pieds plutôt qu’il ne le foule.

Et pour éviter qu’il ne regarde partout autour de lui, un cadre de bois supporté par quatre solides gaillards bien sélectionnés, le protège de toutes les plaisanteries injurieuses que peuvent lancer certains surexcités pris d’alcool.

« Les porteurs du cadre, eux-mêmes, sont renforcés par des hommes qui, armés de bâtons et de sortes de boucliers, exécutent tout autour un simulacre de danse guerrière. »

L’aller et le retour de la procession comportent le même rituel.

 

Pela Ravalitera

 

Mardi 06 août 2013

L’Express

Publié dans Coutumes, Notes du passé

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