2013-08-26 Une tentative de colonisation ruineuse dans le Sud

Publié le par Alain GYRE

Une tentative de colonisation ruineuse dans le Sud

 

Le 8 mars 1654, c’est au tour des pères Bourdaise et Mousnier d’embarquer pour Fort-Dauphin où ils arrivent au mois d’août (lire précédente Note). « Ils n’y trouvèrent que sept Français à peine vêtus, réduits à se contenter du lieu où ils habitaient » (RP Engelvin). Un an plus tard, le père Mousnier part avec une expédition de ravitaillement au lointain pays mahafaly. Il décède au retour, à une journée de marche de Fort-Dauphin, épuisé de faim et de maladie.

Un matin de 1657, un navire est aperçu à l’horizon. On chante le Te Deum car des renforts arrivent, mais le père Bourdaise poursuivra sa vie solitaire, le père de Belleville étant mort en mer, tandis que le père Prévost, à bord d’un autre navire, se dirige vers l’île Sainte-Marie. Quant au père Dufour qui débarque à Fort-Dauphin, il rejoindra aussitôt le père Prévost. Mais tous deux décèderont « sur cette île malsaine avant trois mois ». En juin 1657, le père Bourdaise se rend à Ranomafana dans l’Ambolo pour secourir un Français malade. Pris de dysenterie et de fièvre, il succombe à son retour le 25 juin.

« En moins de trois ans de séjour, le père Bourdaise, ardent missionnaire et déjà adapté à son ministère, avait fait plus de 600 baptêmes, composé un catéchisme et un dictionnaire que Flacourt éditera, et solidement établi la mission au point de vue matériel. Par son zèle, son travail et le résultat obtenu, il marche en tête de la phalange des Lazaristes missionnaires à Madagascar au XVIIe siècle. »

À cette époque, les voyages sont longs et pénibles et bien souvent, les navires n’arrivent pas à destination. C’est ainsi que trois tentatives de départ se terminent par des naufrages: en 1656 à Saint-Nazaire, en 1658 à Lisbonne et en 1660 au Sud-Afrique. « Heureux ceux qui s’en échappaient comme le frère Delaunays qui fit une voile avec son manteau et sauva 34 passagers sur un radeau. »

Plus chanceux est le départ du « Saint-Charles », le 29 mai 1663, qui atteint Fort-Dauphin en quatre mois et y débarque les pères Etienne et Manié, le frère Patte et le Malgache Nicolas que Flacourt a emmené à Paris et que Saint Vincent lui-même a catéchisé. Il est une aide précieuse pour les missionnaires.

Mais l’hécatombe continue parmi ces derniers. Le père Manié qui s’en va dans le Matitanana, y meurt en 1667. Le père Etienne, le frère Patte et Nicolas sont emprisonnés et massacrés par un roitelet du pays, sur lequel le premier a mis la pression dans l’espoir de le convertir. « Il manquait au père Etienne, débarqué depuis cinq mois, de connaître à quel degré l’Indigène peut porter l’art de dissimuler ses sentiments. »

Le 7 mars 1665, quatre pères et trois frères s’embarquent pour Madagascar, mais seul le père Montmasson atteint Fort-Dauphin avec les frères. En 1667, après une traversée qui dure un an, les pères Jourdié et Roquet touchent la Grande île avec quatre frères. Deux autres prêtres décèdent en mer et un autre débarque aux Canaries. Ce sera le dernier convoi, car les affaires commerciales périclitent et les premiers concernés par la colonisation de Madagascar décident de l’abandonner.

Le successeur de Saint-Vincent de Paul depuis 1660,

M. Alméras, envoie ses missionnaires avec les derniers colons. Le départ a lieu le 10 septembre 1674, mais il ne reste plus que deux missionnaires en vie, Roquet et Montmasson qui, par la route du Mozambique et des Indes, parviennent en France en juin 1676.

Cette tentative d’évangélisation dure vingt-cinq ans et coûte à la Mission la vie de 41 prêtres et frères. Mais plus sévères encore sont les pertes subies par la France dans cet essai de colonisation. Seize expéditions maritimes mettent la voile vers l’île Saint-Laurent de 1642 à 1674 ; en 1666, c’est une flotte de dix vaisseaux escortés par quatre navires de guerre ; une autre de dix vaisseaux en 1670, commandée par de La Haye. Seule une faible minorité revient en France. Celle-ci sacrifie aussi plus de 4 000 hommes, marins, soldats, colons, artisans…

 

 

Pela Ravalitera

 

Lundi 26 août 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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