2013-08-28 Une succession difficile pour Etienne de Flacourt

Publié le par Alain GYRE

Une succession difficile pour Etienne de Flacourt

 

Lorsque Flacourt quitte la France pour Madagascar en 1648, il va prendre une succession difficile. Pronis, le fondateur de la petite Colonie qu’il remplace, s’est révélé comme un administrateur déplorable. Pour Raymond Decary, ses trafics d’esclaves, en particulier avec les Hollandais, ses violences envers les autochtones lui aliènent la totalité de la population. Celle-ci, naturellement, confond « dans un sentiment d’antipathie générale » Pronis et l’ensemble des Français. Du reste, il n’agit pas mieux avec ses compatriotes : ses mauvais procédés entraînent même une révolte de leur part et ils le maintiennent en prison durant six mois.

C’est au milieu de ce désordre que le nouveau « Commandant général et gouverneur » débarque du « Saint-Laurent », le 4 décembre 1648 avec 80 passagers, soldats et colons. Il n’écarte pas tout de suite Pronis en raison de sa connaissance du pays. Ses premières actions consistent à faire régner la bonne entente entre celui-ci et ses subordonnés, de reconstituer les approvisionnements de la Colonie appauvrie, de faire revenir de l’île Mascareigne (Bourbon) 12 colons déportés à la suite de leur révolte.

Certes, il s‘inquiète des ressources du pays antanosy, mais il constate, cependant, qu’il est

« riche en ébène, en cristal de roche, en gomme et poivre blanc ». Toutefois, il se heurte à l’hostilité du roi de la région, Andrian-Ramach qui interdit à ses sujets de vendre ces produits aux Français. Néanmoins, d’autres chefs se montrent mieux disposés et se présentent au Fort avec des cadeaux de bienvenue. Flacourt ne manque pas de leur rendre visite à son tour, et même à Andrian-Ramach avec qui il a un long entretien.

C’est là qu’il comprend que les violences de Pronis ne sont pas oubliées. « Elles demeuraient vivaces dans le cœur du Malgache qui ne pardonnait pas. Flacourt, impressionné, incertain de sa sécurité, faisait le soir même installer un corps de garde devant sa case… »

Sur ces entrefaites, le chef mahafaly Andrian-Manhelle lui demande du secours dans une guérilla contre un voisin qui lui aurait volé 2 000 bœufs. Flacourt lui envoie 14 Français « à condition que ceux-ci reçoivent une part du butin ». « Il croyait ainsi faire à la fois un acte de justice et une profitable opération. » Calcul discutable, commente Raymond Decary. Effectivement, cette intervention l’entraînera dans de nouvelles luttes, le forcera à guerroyer sans cesse, « épuisant en même temps les maigres ressources en hommes dont il disposait ».

Le 19 février 1650, le « Saint-Laurent » repart enfin pour la France, ramenant Pronis et un premier chargement de produits que Flacourt a pu se procurer au prix de mille difficultés. Depuis son arrivée, il n’a reçu aucune nouvelle de la Métropole, demeurant seul avec 108 hommes, nombre insuffisant devant une hostilité grandissante.

En outre, une « opposition d’idées » s’élève entre le père Nacquart, missionnaire de l’établissement et lui. Flacourt est réfléchi et pratique, Nacquart, lui, est désintéressé et austère. Le premier a un tempérament de conquérant, le second ne songe qu’au prosélytisme et à la morale. « Leurs thèses eussent pu se conjuguer par des concessions réciproques: elles finissent par s’opposer dans des conflits incessants. »

Une défiance règne entre eux. Le père Nacquart est sur le point de partir quand il est retenu par Flacourt. Le missionnaire consent, mais finit par mourir en mai 1650, miné par les fièvres.

C’est alors qu’à la suite d’un complot ourdi par Andrian-Ramach, les troubles gagnent toute la contrée. Des Français sont attaqués sinon assassinés, le Fort est menacé, Flacourt doit se préparer à la lutte. Voyant la famine approcher, « il parvint à s’emparer d’Andrian-Ramach et ne lui rendit la liberté qu’en échange de 100 bœufs ».

Puis l’attaquant à son tour, il détruit sa résidence de Fanjahira et le roi perd la vie dans le combat. La plupart des chefs de l’Anosy viennent alors au Fort pour se soumettre et prêter serment au roi de France. « Il s’agissait à la vérité de soumissions qui n’étaient pas sans arrière-pensée. »

 

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Mercredi 28 août 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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