2013-09-27 Notes de passé: Âpre rivalité franco-britannique sur Madagascar

Publié le par Alain GYRE

Âpre rivalité franco-britannique sur Madagascar

 

Le Traité de paix de Paris du 30 mai 1814, entre la France vaincue et les puissances européennes coalisées contre elle, restitue à la première « toutes les colonies, pêcheries, comptoirs et établissements de tout genre que la France possédait au 1er janvier 1792, dans les mers et sur les continents de l’Amérique, de l’Afrique et de l’Asie ».

Mais comme le précise l’article 8, excepté toutefois « les îles de Tobago et de Sainte-Luce et l’île de France avec ses dépendances, nommément Rodrigues et les Seychelles ».

Deux jours plus tard, le 2 juin, un mémoire sur Madagascar atterrit dans les bureaux du ministère français de la Marine. Son auteur est un lieutenant-colonel du Génie, Julien-Désiré Schmalz, ancien officier des forces indo-hollandaises aux îles de la Sonde. Il est persuadé que le plan de conduite suivi par les Hollandais à Java, conviendrait plus que tout autre dans la Grande île. Pourtant, le ministère qu’il contacte, n’est guère disposé à s’occuper de Madagascar.

Il en va tout autrement de l’Angleterre. Le gouverneur de l’île de France, rebaptisée l’île Maurice, Sir Robert Towsend Farquhar décèle lui aussi les nouvelles possibilités offertes par Madagascar en matière coloniale.

Et malgré l’article 8 du Traité de Paris qui omet de parler de la Grande île, il ne tarde pas, dès 1815, de formuler des prétentions sur celle-ci. Mais plus préoccupée de soucis autrement plus importants, la chancellerie à Londres ne soutient pas les dispositions extrêmes de son représentant dans l’océan Indien.

Aussi, le 18 octobre 1816, Lord Bathurst écrit-il à Sir Robert : « Je vous transmets en conséquence les ordres de son Altesse Royale le prince régent, qui sont que vous preniez les mesures nécessaires pour remettre aux autorités de Bourbon les établissements français sur les côtes de Madagascar. » Désavoué par son gouvernement, Farquhar se voit interdire toute action politique directe.

Obstiné, il ne renonce pas pour autant à son projet d’établir la présence sinon la puissance anglaise sur la Grande île. Il décide d’y parvenir par des voies de traverse et décide de mettre le cabinet de Saint-James devant le fait accompli, en amenant Rome à prendre, involontairement, le parti de l’Angleterre.

Car l’île Maurice est, en effet, attribuée à Albion par le Traité de 1814, à la condition qu’elle garde sa langue et sa religion, c’est-à-dire la langue française et la religion catholique. Farquhar demande ainsi à la Curie romaine pour l’île Maurice la nomination d’un vicaire apostolique d’origine britannique- le Bénédictin Edward Slater- et « que Rome confère canoniquement la juridiction sur l’île de Madagascar » qui, selon lui, est une dépendance de l’île de France.

Mais de La Réunion où elle s’établit en 1815, la Congrégation du Saint-Esprit veille car pour Bertout, si des missionnaires catholiques doivent s’installer à Madagascar, « ce seront des prêtres français et Spiritains plutôt que Bénédictins ». Il dénonce la machination de Farquhar à Portal qui, sans tarder à Rome, demande que la juridiction religieuse sur Madagascar « soit formellement reconnue au Préfet apostolique de Bourbon ». Rome temporise avant de se prononcer.

Et quand elle le fera enfin, en toute connaissance de cause, c’est à la France et à la Congrégation de la Propagande qu’elle donne raison : la préfecture apostolique de Bourbon sera étendue à l’île Sainte-Marie le 17 janvier 1829, puis le 12 septembre à l’île de Mada­gascar toute entière.

Pendant ces années d’expectative, la juridiction spirituelle de Madagascar demeure l’objet d’une âpre rivalité entre la France et l’Angleterre.

Si bien que le 17 mars 1821, le cardinal Fontana prie Bertout « de s’entendre avec l’évêque de Maurice sur l’envoi de missionnaires dans l’île de Madagascar » et qu’en 1829, le préfet apostolique de bourbon, l’abbé de Solages croit pouvoir écrire au prince de Polignac, ministre intérimaire de la Marine : « La mission catholique d’Angleterre à l’île Maurice a vu avec peine que Rome lui ait retiré sa juridiction sur Madagascar pour la donner à la France. Il n’est pas douteux qu’elle fera tous ses efforts pour la recouvrer. »

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Vendredi 27 septembre 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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