2013-09-28 Notes du passé: La guéguerre des Congrégations catholiques

Publié le par Alain GYRE

La guéguerre des Congrégations catholiques

 

En 1829, Rome accorde à la France et à la Congrégation du Saint-Esprit l’extension de la préfecture apostolique de Bourbon sur l’île Sainte-Marie, puis sur Madagascar tout entier. Mais bien avant cette investiture canonique, le clergé français de La Réunion tente de s’implanter dans la Grande île. « Avec obstination et sans négligence, il cherchait à gagner à la Foi romaine la Grande île voisine, sur le littoral de laquelle il montait une garde jalouse » (Pierre Lintingre, Bulletin de Madagascar, octobre 1967).

Dès le 26 janvier 1826, l’abbé Jacques Bertout, supérieur de la Congrégation et du Séminaire du Saint-Esprit, informe la Congrégation de la Propagande « que le gouvernement français ne tardera pas à (lui) demander des prêtres pour cette île (Madagascar) ». Et le

17 mars suivant, le cardinal Fontana loue Jacques Bertout de l’envoi de missionnaires à Madagascar.

Pourtant, le cardinal préfet de la Propa­gande prescrit à l’abbé Bertout, ce même

17 mars, de s’entendre avec le vicaire apostolique de Maurice pour tout ce qui concerne l’envoi de missionnaires dans la Grande île. Le Supérieur des Spiritains répond le 4 mai, en annonçant qu’il « se propose de s’entendre avec Mgr Bède, vicaire apostolique du Cap de Bonne-Espérance », marquant ainsi sa défiance à l’égard de Mgr Slater de Maurice.

En tout cas, il est prévu que les missionnaires envoyés dans la Grande île accompagneront l’expédition montée par le gouvernement de Louis XVIII pour entreprendre la colonisation de Madagascar. Et ce, à partir des établissements français de la côte Est et de l’île Sainte-Marie. Confiée à Sylvain Roux, la mission touchera Toamasina le 20 octobre 1821.

Mais tout le monde à Bourbon comme à Maurice en est informé « longtemps avant que ne reparaisse le pavillon français dans l’océan Indien ». Dès le 11 septembre 1820, James Hastie, agent mauricien auprès de Radama 1er, informe le gouverneur Robert Farquhar qu’une « mission venant de France était attendue d’un moment à l’autre ».

De La Réunion également, l’abbé Pastre, curé de Saint-Paul et issu de la Société des Missions étrangères, écrit au roi merina pour lui demander d’autoriser l’entrée dans son royaume de missionnaires de la religion catholique.

Mais il subit les foudres du gouverneur de Bourbon, de Freycinet, qui lui reproche « la suffisance de croire que son zèle suffirait seul pour planter l’étendard de la Foi catholique à Madagascar ». Et pourtant, sa demande est légitime « puisque les missionnaires qu’il compte envoyer en Imerina ont été préparés et envoyés dans l’océan Indien par la Congrégation des Spiritains ».

De toute façon, la conjoncture est favorable à la pénétration de missionnaires catholiques français dans la Grande île. Depuis le

19 novembre 1817, départ en vacances de Robert Farquhar, les relations entre la diplomatie anglaise et la Cour d’Antananarivo sont très tendues, car le major-général Gage Hall à qui est confié l’intérim du gouvernement de Maurice jusqu’en 1820, refuse de payer à Radama le fameux « Equivalent », sommes prévues dans le traité anglo-merina signé un mois plus tôt pour que le roi de Madagascar arrête la traite des esclaves.

Radama 1er est très monté contre les Anglais. James Hastie en prévient Robert Farquhar : « Jean René (gouverneur à Toamasina pour le roi) avait reçu de Radama l’ordre formel d’exposer à toute personne venant de la part des Anglais, qu’il n’aurait aucune relation avec eux et qu’il n’accepterait rien des objets prévus par le Traité ; que si ces articles arrivaient à Madagascar, il devrait les payer en bœufs et en argent ! »

D’ailleurs, « faux comme les Anglais » serait devenu une locution proverbiale en Imerina à l’époque.

D’après Myriam Harry (« Radama 1er, roi de Madagascar », 1949), « tout Tananarive s’est joint à l’indignation de son roi, secrètement heureux d’être débarrassé d’une alliance si peu adaptée à son goût et à ses intérêts. Et tous, même les esclaves, professent un profond mépris pour une aussi odieuse violation de la foi jurée. »

 

Pela Ravalitera

 

Samedi 28 septembre 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article