2013-10-01 Notes du passé: Un atout maître pour Farquhar

Publié le par Alain GYRE

Un atout maître pour Farquhar

 

 

 

À son retour à Maurice en 1820, après quelques années de congé en Europe, Robert Farquhar trouve « ses efforts si savamment combinés, réduits à néant par la mauvaise foi et la brutalité de son successeur » (Pierre Lintingre, Bulletin de Madagascar, octobre 1967).

En outre, son plus fidèle collaborateur, James Hastie, est tenu à l’inaction et ramené à son grade de sergent. Ce que le gouverneur de Maurice ne peut accepter. Ce qu’il refuse surtout, c’est de «laisser cueillir par la France les fruits d’une si longue et si prudente diplomatie satisfaisante qu’elle lui avait valu le titre de baronnet ».

Derrière son dessein de faire passer Madagascar sous la juridiction du vicariat apostolique de Maurice, d’ailleurs voué à l’échec, il semble qu’il y ait un autre mobile. Car petit-fils de pasteur,

« il n‘avait aucune raison d’œuvrer pour une religion autre que réformée».

Aussi n’hésite-t-il pas à appuyer toute tentative d’introduction de la religion protestante en Imerina.

Cette tentative vient d’être décidée par le gouvernement britannique qui envoie à Antananarivo le Rev. David Jones. Farquhar le présente à Hastie comme le « missionnaire de Madagascar ». « Les ministres de Sa Majesté ont recommandé qu’on accorde à ce dernier toute la protection et l’assistance que méritent ses pieux travaux » et invitent officiellement Farquhar à « veiller sur la sécurité » du missionnaire et à lui apporter toutes les facultés qui soient possibles pour la réalisation de sa mission.

Dans la « délicate partie de poker» qui l’oppose à la Mission catholique de Bourbon, Farquhar a un atout maître. En effet, il obtient et ramène de Londres la ratification par le gouvernement britannique de « son » traité du

23 octobre 1817.

Le cabinet de Saint-James ayant « daigné ordonner la reprise des relations amicales avec les chefs de Madagascar », il ne reste plus à Farquhar qu’à démontrer à Radama que « le gouvernement britannique n’était pas engagé ou mêlé dans la question de la rupture ou de la non-exécution du traité ». Il règle alors les arriérés dus au roi malgache, à savoir « la fraction de l’Équivalent qui lui est due par notre gouvernement pour la période pendant laquelle il a appliqué le traité ».

Et Farquhar d’ajouter : « La source de revenus que nous lui offrons, le rendra le chef le plus puissant et le plus indépendant de Madagascar. »

De surcroît, la ratification du traité de 1817 est « la preuve tangible et indéniable que le roi d’Angleterre a approuvé et confirmé mon action auprès de Radama et énergiquement désapprouvé la responsabilité discrétionnaire assumée par mon successeur dans la non-exécution du traité que nous avions conclu ».

Ce qui implique le retour de Radama dans la sphère d’influence anglaise, signale Pierre Lintingre.

Il reste ainsi à Farquhar à obtenir de Radama, « très monté contre les Anglais », le renouvellement du traité. C’est James Hastie qui s’en charge. Car il a, dans le passé, déjà fait preuve de son remarquable talent diplomatique et de son zèle.

Le 4 septembre 1820, il reçoit ses instructions du gouverneur ; le 9 suivant, il est à Toamasina ; le 15, il part pour le Mangoro; le 3 octobre, il atteint la capitale merina et le « 11 octobre 1820, le traité anglo-merina était solennellement reconfirmé par Radama ».

Dès lors, il devient difficile sinon impossible aux Français « de ramener le jeune roi malgache dans leur orbite » et à la lettre de l’abbé Pastre, Radama ne peut maintenant qu’opposer « un refus pur et simple ». Ce qu’il fait dans des termes très fermes mais des plus courtois.

« Je suis bien peiné, Monsieur, de vous refuser ma permission que vous avez sollicitée depuis longtemps, mais ce refus est occasionné par une raison bien légitime vu que la religion que vous professez n’est pas la même que celle des Protestants à qui j’ai accordé une pleine liberté et protection dans mes États. Ainsi, Monsieur, j’ai cru bon de vous informer de cette nouvelle avant d’entreprendre le voyage qui vous deviendrait tout à fait inutile et qui vous conduirait à des dépenses et aux risques de maladie. »

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Mardi 01 octobre 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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