2013-10-07 Notes du passé La dignité royale relevée par le « hasina »

Publié le par Alain GYRE

La dignité royale relevée par le « hasina »

 

Andrianampoinimerina a codifié une présumée liste des Douze collines sacrées. lListe qui correspond plus à celle des « Tantara ny Andriana eto Madagascar » du RP Callet car selon Bruno Razafin­drakoto-Hasina (Bulletin de Madagascar, novembre-décembre 1974), « celle-ci est plus conforme aux volontés ; elle comprend quinze collines ».

Il s’agit d’Ampandrana, Merimanjaka, Alasora, Ambohi­drabiby, Antananarivo, Ambohi­manga, Ambohidratrimo, Ilafy, Namehana, Ambohidrontsy, Ambohiniazy, Ambohitrondrana, Kaloy, Amboatany, Meri­mandroso.

Pour interpréter le concept de colline sacrée, l’auteur se situe à l’époque d’Andrianampoini­merina. « La colline sacrée est un système d’interférence ; elle est en même temps projection et essence de la souveraineté. » Car rendue sacrée, une montagne voit s’édifier sur l’esplanade de son sommet la « Tranomasina » ou « Tranomanara » si le tombeau n’en porte pas encore, la pierre où le sacrifice de « ombivolavita » se fait pendant le Bain royal, et bien d’autres objets de vénération.

Pour les habitants, c’est une faveur royale d’être sujets directs du roi (menabe) vivant sur un lieu sacré. Mais pour Bruno Razafin­drakoto-Hasina, ce serait une « attitude intéressée adoptée avec une arrière-pensée de la part du roi ». Donnant l’exemple de Kaloy, il soutient que c’est plus une colline d’exil pour Ralai­nanahary, fils du roi, et Ramanan­tenasoa, une de ses épouses. Compromis dans des complots dirigés contre le roi, ils sont tenus de respecter et de faire respecter la souveraineté en observant les pratiques.

Les objets de vénération, les « hasina », ne sont pas, d’après Bruno Razafindrakoto-Hasina, un simple symbole du pouvoir royal au regard des habitants. Ils apparaissent comme « sources de charisme du souverain ». L’auteur énumère ainsi différentes définitions attribuées au terme « hasina ». C’est la « vertu intrinsèque ou surnaturelle qui rend une chose bonne et efficace dans son genre » (dictionnaire Weber) ; c’est le fondement d’une cosmologie, d’un idéal politique ; c’est un hommage rituel au souverain matérialisé par l’offrande du « volatsivaky » (la piastre non cassée); c’est une « notion s’appliquant à plusieurs sortes d’êtres matériels ou non » (Delivré); c’est une « notion de genre unique : le roi a son vocabulaire spécial. C’est pourquoi à sa mort, il est dit « masina ».

Et Bruno Razafindrakoto-Hasina de résumer : « La définition du terme est imprécise, ce qui nous amène à cerner son sens à travers les coutumes de l’époque. »

La colline acquiert donc le « hasina » du fait qu’elle abrite en son sein les restes d’un ancêtre royal reconnu. Et le roi acquiert le « hasina » de deux manières. Lors de sa présentation officielle, monté sur le Vatomasina, le futur souverain se proclame « héritier des Douze qui ont régné ». Il revêt ensuite le caractère sacré, divin, par émanation d’une « effluve magico-religieuse » du Vatomasina (Louis Michel)

Ce « hasina » se concrétise par deux actes. D’abord, il reçoit le « toky » (prestation de serment) de tous les hauts dignitaires, Andriana et Hova, en guise de soumission et de reconnaissance du caractère divin royal. Puis, on lui offre le « hasina, le « volatsi­vaky ».

« À travers ces deux exemples pris dans la vie courante, on relève l’existence et la nécessité d’un certain transfert de pouvoir et de caractère divin. »

D’après Malzac, la souveraineté du roi se matérialise par l’offrande des « hasina » : « vidin’aina» (prix de la vie), « volatsivaky », circoncision d’un fils du roi, affranchissement d’esclaves, « vodihena » (culotte de « omby volavita »), impôt sur la terre.

Enfin, « Andrianam­poinimerina a su relever la dignité royale que plusieurs de ses prédécesseurs auraient avilie par leurs dissensions, voire par leurs injustices. Le roi doit être dévoué au peuple, plein d’humanité et de clémence, juste et impartial. De son côté, le peuple l’accepte comme étant maître absolu des personnes, des biens et des terres. »

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Lundi 07 octobre 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

Commenter cet article