2013-10-09 Notes du passé: Les Malgaches contre l’ouverture abusive du pays

Publié le par Alain GYRE

Les Malgaches contre l’ouverture abusive du pays

 

Si les Européens sont très contents de la « politique d’ouverture sur la civilisation et le développement » de l’île pratiquée par Radama II, il en est autrement en ce qui concerne la plupart de ses sujets.

Le nouveau roi est soutenu dans sa politique de « progrès » par un groupe qui comprend notamment ses ministres des Affaires étrangères, Rahaniraka puis Rainimaharavo, des conseillers tels les frères Rainivoni­nahitriniony (Raharo) et Rainilaiarivony. « Ce groupe de modernistes était sincèrement partisan de l’ouverture, pourvu qu’elle contribuât effectivement au développement et à la civilisation du

pays » (thèse de doctorat du Pr Phares Mutibwa, 1969, résumée par l’archiviste Razoharinoro-Randriamboavonjy).

En face des modernistes, se tient le groupe des traditionnalistes et des conservateurs dirigé par Rainijohary, l’un des Premiers ministres de Ranavalona 1ère. Ce « clan » se méfie beaucoup de la nouvelle tournure des choses, regrettant « l’abandon de l’ancienne politique qui isolait le pays des mauvaises influences de l’extérieur ». En résumé, les conservateurs désapprouvent la liberté accordée aux divers missionnaires de propager le christianisme, sont scandalisés par l’octroi aux Vazaha de privilèges exorbitants au moyen des chartes et traités. « En particulier, le droit accordé à ces mêmes étrangers de posséder des terres », ce qui va à l’encontre de la loi fondamentale du royaume.

En outre, la nomination de Vazaha à des postes officiels scandalise non seulement les conservateurs, mais même « les modernistes qui ne concevaient pas d’être évincés par des étrangers dans un domaine qu’ils croyaient leur revenir de droit ». D’ailleurs, celle de Clément Laborde au secrétariat des Affaires étrangères incommode jusqu’à Drouhyn de Lhuys, qui demande à son consul Jean Laborde « de faire son possible pour l’annuler ».

En bref, Radama II va trop loin dans la concrétisation de sa politique d’ouverture alors que les circonstances intérieures ne sont pas très favorables.

De plus, la suppression de tous les droits de douane élimine du même coup une source de revenus importants pour un nombre appréciable d’officiers, ce qui augmente d’autant le nombre « des mécontents ». Et si on lui est reconnaissant de la libération des « prisonniers de guerre » de Ranavalona 1ère, la suppression brusque et totale des corvées fâche.

Il en est de même des comportements qui vont à l’encontre les usages du pays. Ainsi, le fougueux Ellis, dans son « zèle de propagateur de la religion chrétienne » va jusqu’à prêcher « à l’intérieur de la colline d’Ambohimanga », sous le prétexte d’une « permission accordée par le roi ». Pourtant, l’accès en est formellement interdit à tout ce qui est étranger. Du reste, même le consul anglais Pakenham trouve le comportement d’Ellis « maladroit et dangereux ».

Quant aux modernistes, eux-mêmes sont divisés. Une partie menée par Rainivoninahitri­niony reproche au roi d’accorder trop de pouvoir aux jeunes et parfois arrogants « Mena­maso», car cela peut se terminer par l’éviction de fait des vétérans habitués au pouvoir.

Tout cela réuni porte l’exaspération à son comble et amène la chute rapide du « libéral » et « progressiste » Radama II. Sa politique d’ouverture, due à sa seule volonté sous l’influence de ses conseillers étrangers, au mépris de l’opinion d’une partie importante de ses

« conseillers de droit » et de la désapprobation de la partie la plus « évoluée » de la population, « se solda par un échec relatif ».

Car la mort du souverain, œuvre d’une minorité du Palais, ne satisfait pas tout le monde. Des rumeurs circulent même parmi la population pendant deux ans, répandant le bruit qu’il est encore en vie. « Beaucoup de Malgaches le regrettaient à cause des mesures libérales prises par lui. La popularité relative et surtout posthume du roi apeura quelque peu les nouveaux détenteurs du pouvoir et leur suscita des difficultés.»

 

Pela Ravalitera

 

Mercredi 09 octobre 2013

L’Express

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