2013-10-12 Notes du passé: Le « parti protestant » créé par l’élite

Publié le par Alain GYRE

Le « parti protestant » créé par l’élite

 

Cinquante ans environ après l’arrivée du premier missionnaire à Antananarivo, Ranavalona II et le Premier ministre Rainilaiarivony se font baptiser en public, le 21 février 1869. Au moment de cette conversion, l’influence anglaise est déjà grande.

Si les missionnaires catholiques français sont plus nombreux que les Anglais, parce que certains dirigeants dont Rasoherina elle-même, ont été mieux disposés à leur égard vers 1862-1863, les missionnaires anglais ont l’avantage de ne faire que reprendre et continuer le travail mis entre parenthèses pendant la persécution.

Et si les Jésuites n’entament leur travail en Imerina que depuis Radama II, la London Missionary Society a eu le temps de s’implanter, « d’influencer » la population et « de constituer un groupe de Malgaches qui soutenaient son action et qui représentaient aussi une force appréciable pouvant orienter dans une certaine mesure les décisions des dirigeants » (thèse de doctorat du Pr Phares Mutibwa, 1969, résumée par l’archiviste Razoharinoro-Randriam­boavonjy).

Ce groupe comprend une partie de l’élite et peut être considéré comme le « parti protestant » à la tête duquel se trouve le ministre des Affaires étrangères Rainimaharavo.

Outre la sympathie manifestée par la reine à l’égard des chrétiens persécutés alors qu’elle n’était que la princesse Ramoma, l’existence d’un « parti protestant » très puissant explique en grande partie son choix et celui de son Premier ministre et mari de se « convertir ».

« Le choix du christianisme de marque anglaise est d’autant mieux compréhensible en 1869, si

l’on considère l’impopularité de tout ce qui était français auprès de l’opinion, cette impopularité ayant pour origine l’attitude française lors de la liquidation de la Charte Lambert et lors aussi des négociations qui la suivirent pour la conclusion du nouveau traité de 1868. » Sentiment si vif qu’en 1866, Rasoherimanjaka elle-même, connue pour sa tolérance, retire ses enfants adoptifs- Ratahiry et sa sœur Raveromanana- de l’école des Sœurs pour les confier aux missionnaires protestants.

Le « parti protestant » ne cesse d’agrandir son influence. Rainimaharavo continue de recruter des « partisans » dans l’armée et parmi les habitants de la capitale et de ses environs. Rainilaiarivony comprend peu à peu que le groupe devient dangereux.

D’autant qu’il sait à quel point beaucoup de gens lui préfère Rainimaharavo considéré plus capable.

Et surtout, « les partisans des missionnaires anglais étaient si bien organisés qu’ils devenaient en fait une armée de nouveaux convertis au sein de la société ».

Tout cela inquiète fort le Premier ministre qui n’est pas encore chrétien. Ses craintes seront justifiées par la tentative du « parti » de Rainimaharavo de mettre un prince protestant sur le trône, à la place de Ranavalona II.

En effet, en mars 1868, le groupe du ministre des Affaires étrangères fait circuler la rumeur (encore fausse) du décès de Rasoheri­manjaka et de l’avènement prochain du prince Rasata. Rainilaiarivony parvient à déjouer le coup et les missionnaires anglais « sont déçus par l’échec de la conspiration pour mettre un prince chrétien sur le trône ».

Quant à Rainilaiarivony, persuadé que les protestants ont des visées sérieuses sur le pouvoir, il décide d’évincer Rainimaharavo par tous les moyens et de prendre lui-même la direction du « parti protestant ».

Et l’unique voie qu’il trouve pour y arriver, est sa propre conversion officielle au protestantisme.

Ce qui ne pose aucun problème puisque les mentalités ayant évolué, l’adoption de la religion des Européens n’est plus considérée comme une trahison.

Dès septembre 1968, Ranavalona II fait brûler les idoles du Palais et tout le peuple suit l’exemple venu de haut.

« Après le baptême de la souveraine en février 1869, ce fut la course à la conversion. Peu à peu, le christianisme de marque anglaise s’installa comme religion d’État. »

 

 

Pela Ravalitera

 

Samedi 12 octobre 2013

L’Express

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