2013-10-15 Notes du passé: La société secrète VVS mise en accusation

Publié le par Alain GYRE

La société secrète VVS mise en accusation

 

Durant le début de la Première guerre mondiale, des incidents troublent l’ordre dans l’Extrême-sud malgache, dont l’importance est quelque peu minimisée par l’administration locale et centrale.

Pourtant, l’absence de réaction militaire entraîne une aggravation de la situation locale. Des fusions s’opèrent entre bandes voisines. Et de proche en proche, à la fin de 1915, « c’est une véritable force armée qui s’était constituée dans l’Extrême-sud », écrit Maurice Gontard en 1968.

Avant d’ajouter : « Elle se fortifiait dans le repaire d’Ambohitsy, situé sur un sommet escarpé et boisé, comptant plusieurs lignes de défenses naturelles, constituées par des roches et de la brousse épineuse. » Les hommes accumulent dans la citadelle de l’eau et des vivres, y aménagent des habitations plus ou moins confortables où viennent vivre des femmes et des enfants.

C’est à partir de cette base que la bande met « en coupe réglée » toute la zone aux confins des provinces de Tolagnaro et de Toliara, dans les régions d’Ampotoka, Tsimilofo, Beloha.

Les autorités, civile et militaire, de la province de Tolagnaro, ne sont pas d’accord sur la réalité du danger. Le commandant d’armes « est pessimiste, des bruits lui parviennent ; il infère qu’un mouvement de rébellion est possible parmi les indigènes ».

Le chef de la province, au contraire, « est optimiste et estime que cette crainte ne repose sur aucun fondement, qu’en fait les habitants de la province sont paisibles et n’ont jamais songé à se révolter ».

On en est là lorsque fin décembre 1915, éclate à Antananarivo et Fianarantsoa la bombe du VVS (Vy/fer, Vato/pierre, Sakelika/ramification). On voit aussitôt un rapport entre les bandes qui s’organisent dans le Sud et l’action de la société secrète qui s’est constituée sur les Hauts-plateaux. « On craint même que les unes et l’autre ne soient en rapport avec l’Allemagne et les mouvements subversifs qui éclatent en Indochine. »

Le bruit court qu’un soulèvement général devait avoir lieu le 1er janvier 1916. On apprend aussi, lors de l’interrogatoire des accusés du VVS, que dans des réunions tenues à Antananarivo, des consignes auraient été données aux affiliés « pour que les Malgaches de l’Armée ou de la Garde indigène ne tirent pas sur les insurgés du Sud ».

Enfin, le sous-lieutenant Laffiteau, chef du poste de Beloha, fait savoir par un télégramme qu’à l’occasion d’une patrouille, les 4 et 5 janvier, il poursuit la bande avec 15 tirailleurs et 12 partisans armés. Il s’est heurté à une force de plus de 150 personnes. Il tente de parlementer.

L’un des chefs, un évadé des prisons françaises, répond : « Nous préférons être tués. Nous ne nous rendrons pas aux Vazaha ». Et il riposte par plusieurs coups de fusil. Devant l’importance numérique de la bande, Laffiteau se replie. Il conclut dans son rapport que le poste d’Ampotoka est « à la merci d’un coup de main».

Cependant, le chef de la province de Tolagnaro, Delpit, n’est pas encore convaincu par ce rapport. Il condamne même l’attitude agressive du lieutenant et écrit au gouverneur général Garbit.

« Cette reconnaissance militaire a été effectuée sans autorisation… J’appelle votre haute attention sur ce que des opérations semblables ne produisent aucun résultat, mais sont de nature à jeter le trouble parmi la population indigène de cette région. »

Le considérant comme un acte intolérable d’indiscipline, il demande le remplacement de Laffiteau.

 

Pela Ravalitera

 

Mardi 15 octobre 2013

L’Express

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