2013-10-16 Notes du passé: Un mouvement localisé dans le Sud

Publié le par Alain GYRE

Un mouvement localisé dans le Sud

 

Début 1916 à Antananarivo, les dispositions changent concernant les incidents dans l’Extrême-sud, confortées par le rapport du sous-lieutenant Laffiteau. Le gouverneur général Hubert Garbit approuve d’ailleurs entièrement la conduite de ce dernier. Son initiative « a répondu aux circonstances ». Et bien loin de le relever de ses fonctions, il mute immédiatement le chef de la province de Tolagnaro, Delpit (Maurice Gontard).

On prétexte l’état de santé du chef de la province, qui l’empêche d’effectuer des tournées suffisantes dans cette vaste circonscription. Il est envoyé dans le Vakinankaratra et remplacé par Béréni à qui le gouverneur général Hubert Garbit prescrit d’agir « très énergiquement ». En même temps, ce dernier porte le poste de tirailleurs de Beloha de 50 à 80 hommes, envoie en renfort à Tsihombe 50 tirailleurs sénégalais. Enfin, il ordonne des « sondages minutieux dans les sous-sols et autres emplacements des maisons allemandes Toepser et Megger, à Fort-Dauphin, afin de rechercher soit des armes, soit la preuve d’une éventuelle complicité avec l’Allemagne ».

Les opérations dans le Sud commencent. Sur proposition du chef de la province, le gouverneur général en confie la direction au garde principal de première classe Eloy. Celui-ci se met en route, le 24 janvier 1916, avec 50 gardes indigènes de la brigade de Toliara, fortifie encore sa troupe en prenant 16 partisans locaux, puis s’enfonce vers le Nord-ouest, en direction du repaire.

Il prend contact, les 7 et 8 février, avec les « villages complices », trouve « tout un matériel de forgeron, des pièces pour fusils à pierre, des modèles divers de sagaies, des balles rondes en plomb, des pieds de marmites coupés en balles ». Il procède par la suite à une cinquantaine d’arrestations. Avant l’assaut final, le 9 février, il est rejoint par l’administrateur Béréni lui-même et par le sous-lieutenant Laffiteau qui arrive avec 25 tirailleurs. La troupe s’avance alors vers la citadelle d’Ambohitsy.

Celle-ci n’est accessible que par le Nord. Le 10 février au matin, Eloy avec 45 gardes et 10 partisans, tourne le repaire par le Nord et donne l’assaut. Il est accueilli par une vive fusillade. « Ceux non armés de fusils nous lancaient des pierres au moyen de frondes. Ils criaient et ne cessaient de nous insulter et de sonner la trompe. Des fers de sagaie étaient alignés au-dessus des rochers et de temps en temps les sadiavaha nous faisaient voir au bout de ces fers des chapeaux recouverts d’étoffe rouge. »

À 10h35, « nous étions maîtres du repaire après trois heures de gros efforts et un engagement des plus vifs, lequel nous a coûté un garde indigène et un partisan tués, deux gardes blessés ». Eloy estime qu’il y a environ 300 personnes dans le repaire où il récupère de la viande, du manioc, des patates, des haricots, quatre vaches et seize veaux ; un bassin de 120m de long est rempli d’eau.

Après la prise du repaire, la force armée débroussaille les lieux pour les rendre inutilisables. Dans les jours suivants, la région est fouillée par des patrouilles. Certains « rebelles» se voyant dans l’impossibilité de résister à la pression des gardes, viennent faire leur soumission et remettre leurs armes. Un « village complice », son chef en tête, vient s’acquitter de ses impôts de 1915.

D’autres membres de la bande sont interceptés par surprise ou après de véritables escarmouches qui font une nouvelle victime parmi les forces de l’ordre. Ceux qui parviennent à s’échapper, se dispersent dans leurs clans. Au total, du 5 février au 2 mars, 147 personnes sont arrêtées, 1 512 bœufs et 285 moutons repris, 8 fusils à pierre, 4 sagaies et des munitions saisis.

L’enquête révèle que « l’agitation » du Sud est sans rapport soit avec les Allemands, soit avec la société secrète VVS d’Antananarivo.

« C’était initialement une simple affaire de vols de bœufs qui s’était étendue et aggravée par l’inaction de l’administration. »

 

Pela Ravalitera

 

Mercredi 16 octobre 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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