2013-10-17 Notes du passé: Un mouvement de révolte sans caractère politique

Publié le par Alain GYRE

Un mouvement de révolte sans caractère politique

 

Dix-huit mois après les premières « agitations » dans le Sud profond, plus précisément dans la province de Tolagnaro, de nouveaux incidents éclatent à Ejeda, à l’ouest du Menarandra, dans la province de Toliara.

Pourtant, le 26 janvier 1916, le chef de la province de Tolagnaro Béréni rassure le gouverneur général Hubert Garbit : « Tout danger de révolte doit être écarté. La situation reste grave, mais uniquement due aux actes de brigandages… vous répète que nous n’avons à faire qu’à des bandits et non à des rebelles. »

En octobre 1917, un télégramme est adressé au gouverneur général, libellé ainsi : « Imbola, petit-fils Tsibasy, ex-gouverneur d’Ejeda révoqué suite vol bœufs, a, par l’intermédiaire de ce dernier, sous prétexte d’évocation des ancêtres royaux, fait convoquer six notables les plus âgés de chaque tribu Maroserana. Tous ont répondu immédiatement appel. Six cents indigènes environ sont venus à Ejeda avec eux. »

Maurice Gontard rapporte en 1968 que lorsqu’ils sont réunis, Tsibasy se fait apporter de l’eau sacrée afin « de se purifier et d’effacer aux yeux de ses compatriotes la tare que lui a imprimée le métier de bourjane (journaliser) auquel il s’est soumis pour gagner sa vie ». Puis il tient ce propos : « Notre ancêtre, le Mpanjaka Andriabonarivo est apparu à mon neveu Imbola ; il vous demande de mettre les Vazaha à la porte du pays Mahafaly qui doit être à nouveau gouverné par moi. N’êtes-vous pas fatigués de payer l’impôt et de faire des routes »

Les jours suivants, ses partisans sortent leurs sagaies, se rassemblent. Les femmes et les jeunes gens arborent le fil en sautoir, c’est-à-dire l’insigne de la guerre. Après de nouvelles exhortations, on décide d’aller « mettre le feu au poste, de se saisir des Vazaha, de les couper en morceaux et les faire rôtir ». Toutefois, ces réunions, ces mouvements suspects alertent les Européens. Le garde principal Thouverez, chef de poste d’Ejeda, en tournée dans le nord de sa circonscription, reçoit de sa femme une lettre alarmante sur les faits et gestes de Tsibasy et l’agitation qui couve. Il revient aussitôt, voit « à la mine apeurée des commerçants et des habitants ainsi qu’aux allées et venues des indigènes que quelque chose d’anormal se passait ».

Il convoque Tsibasy, son neveu Ravelana, chef du village d’Anivorano, qu’il suppose être les instigateurs du mouvement. Ces derniers sont accompagnés de 16 chefs de village et d’une foule armée de sagaies évaluée à 4 ou 500 personnes. Thouverez, prévoyant l’attaque, fait rassembler les gardes et leur ordonne de prendre la position de tireur à genoux, fusil chargé, culasse ouverte. Il s’avance vers les manifestants, les harangue, les oblige à se disperser et les avertit qu’en cas de refus « il emploierait les grands moyens ».

Après un instant d’hésitation, les « rebelles» s’arrêtent. Thouverez reprend sa harangue avant de procéder à l’arrestation de Tsibasy et de trois de ses neveux. Pour prêter main forte au chef de poste, l’administration envoie, fin octobre à Ejeda, le lieutenant qui commande le poste d’Ampanihy avec vingt tirailleurs. De nouvelles arrestations sont opérées. Thouverez qui connaît bien une région où il vit depuis dix ans, voit à la base de cette agitation, les intrigues d’un certain Speyer, « aventurier besogneux », mis hors de propos en sursis d’appel, qui est « frère de sang » de Tsibasy et serait désireux « de voir autorité française recourir à ses services ».

D’après Maurice Gontard, cette fois, il s’agit bien d’une révolte contre la domination française, mais « elle est très limitée, sans caractère nettement politique et sans réelle gravité ». L’administrateur de la province de Toliara télégraphie, le 3 décembre 1917, au gouverneur général qui est alors Merlin : « Agression est le fait de vagabonds réfractaires à paiement d’impôts qui ont agi sans but politique, peut-être par vengeance personnelle ».

Tous ces incidents de l’Extrême-Sud ont leur épilogue judicaire.

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Jeudi 17 octobre 2013

L’Express

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