2013-10-18 Notesv du passé: Les drôles d’idées de colonisation de Frappaz

Publié le par Alain GYRE

Les drôles d’idées de colonisation de Frappaz

 

En juillet et août 1812,, l’enseigne de vaisseau Théophile Frappaz est chargé par le baron Milius, gouverneur de Bourbon, d’effectuer à bord de la goélette « L’Amaranthe », un voyage d’exploration et de reprise de possession sur la côte orientale de Madagascar. Dans une lettre adressée au baron Portal, il présente ses idées sur la colonisation de Tolagnaro (1820).

D’emblée, il précise que « des mœurs dissolues, une extrême ignorance, une religion cruelle et un gouvernement absolu ne sont pas des éléments propres à former l’homme aux vertus sociales, ils ne le rendent que féroce et dissimulé ». Tout cela pour suggérer la nécessité à changer ces principes d’édification, en les amenant « peu à peu à nos mœurs, à notre religion », en leur inspirant « le goût du travail et de la culture, leur faisant connaître le bonheur qui résulte d’une vie sobre et industrieuse, leur faisant apprécier les avantages de la civilisation et le plaisir de vivre heureux dans leur famille sous la protection des lois ».

Pour Frappaz, il est impossible pour les Français de s’établir à Fort-Dauphin, tant que ces considérations ne sont pas tenues en compte. Afin de mener cette colonisation, il propose de prendre dans les hospices (pour orphelins et enfants abandonnés) pour les envoyer dans cette nouvelle colonie, des jeunes gens habitués aux arts mécaniques et à la culture. « On les unirait aux principales familles locales, on leur donnerait un petit terrain et on favoriserait leur industrie. »

Par ces unions, ils se mêleraient aux « naturels » qui ne verraient plus en eux des étrangers, mais « des parents et amis dont ils suivraient avec plaisir les conseils ». De même, les enfants issus de ces couples mixtes, élevés avec soin, seraient unis à d’autres nouvelles familles et peut à peu, la « civilisation » ferait tache d’huile.

Pour accélérer ces changements, Frappaz insiste qu’il faut d’abord « anéantir cette religion ignorante » et ce, en gagnant leurs « ombiasy » ou devins. « Pour eux, on pourrait altérer peu à peu leurs préceptes et leur faire adopter insensiblement une religion, dont la base serait le christianisme auquel on saurait adapter une partie de leurs bizarres cérémonies ».

Pour compléter « l’éducation » de ce peuple et « réussir » encore mieux à lui inculquer des « mœurs douces » et le désir de la société, Frappaz suggère d’envoyer en France « une certaine quantité de jeunes garçons et de jeunes filles des premières (bonnes) familles ». Élevés parmi les Français, ils adopteront facilement les us européennes et contribueront à civiliser leur peuple.

Frappaz aborde enfin la liberté individuelle et la garantie des propriétés. Les Malgaches du Fort Dauphin, selon lui, ne jouissent pas encore de ces droits, mais, estime-t-il, il sera facile de les leur procurer quand les Français seront établis. Selon lui, les principaux chefs sont mécontents du despotisme du roi, le peuple murmure secrètement, tous se soulèveraient s’ils ont un soutien à leur révolte. Il s’agit de Rabefania ou Rabefenia, chef antanosy qui, plus tard, émigre vers le pays mahafaly. Il est à l’origine du groupe appelé des Antanosy émigrés.

Frappaz n’hésite pas à parler d’un « soutien prudent » à une révolte afin d’obliger le souverain à limiter son pouvoir. Car pour lui, ce sera « une révolution qui se ferait sans trouble et sans efforts ».

« Dès lors, les Malgaches, ne craignant plus ce pouvoir arbitraire qui leur enlèverait à chaque instant la fortune et la vie, se livreraient en sûreté au commerce et à la culture, et deviendraient nos amis par reconnaissance. »

Et de conclure : « En suivant ces idées, je suis persuadé qu’on parviendra à faire du Fort Dauphin une colonie intéressante, habitée par un peuple libre et industrieux et dont la prospérité sera d’autant plus certaine qu’outre qu’elle peut seule suffire abondamment à la nourriture de ses enfants, si nombreux soient-ils, elle leur offre déjà des branches de commerce assez importantes, telles que les bœufs, les salaisons, le riz et le tabac qu’un peu de soin rendrait excellent… »

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Vendredi 18 octobre 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

Commenter cet article