2013-11-07 Notes du passé: Des problèmes liés à des relations bilatérales

Publié le par Alain GYRE

Des problèmes liés à des relations bilatérales

 

Les revendications par la France de « ses droits » sur Madagascar, suivies de l’occupation par Sylvain Roux de l’île Sainte-Marie en 1822, obligent Radama 1er, roi des Merina à riposter. Installé à Toamasina depuis 1817, il fait occuper Foulpointe en juin 1822 par un corps de troupes sous les ordres de Rafaralahy-Andriantiana. Il devra lui-même conquérir les régions côtières du Nord de ce port, notamment Tintingue et la Pointe à Larée, en face de Sainte-Marie.

Les agents français protestent à plusieurs reprises, mais en vain et le gouverneur de l’île Bourbon, Louis Henri Desaulces de Freycinet juge la situation préoccupante. « Désarmé, il ne pouvait que s’informer et rendre compte aux bureaux parisiens » (Jean Valette, archiviste-paléographe).

La grande question pour la France est alors « de définir une politique, de s’y tenir et de chercher les moyens de la faire aboutir ».

Pourtant, ce n’est pas chose facile. « Bourbon semble avoir été, d’une part, fort mal renseigné sur Madagascar et, d’autre part, enserré dans une politique mal définie ne tenant compte ni des réalités ni des possibilités. » Les intérêts français paraissent pourtant tellement compromis au début de 1824 qu’il faut trouver une solution quelconque aux problèmes des relations franco-malgaches auxquelles sont liées « tout à la fois les relations anglo-malgaches et les relations anglo-françaises ».

Placé en quelque sorte à l’avant-garde, le gouverneur de Bourbon est incapable de prendre une décision et se retrouve réduit au simple rôle d’informateur, car l’initiative ne peut venir que de Paris.

Une situation inconfortable car, en réalité, de Freycinet se débat dans toute une série de contradictions, « depuis les vues toutes théoriques des droits de la France jusqu’à la notion terre à terre du ravitaillement de sa colonie ».

La situation est d’autant plus embarrassante qu’il connaît mal les réalités malgaches, ce qui l’empêche d’éclairer à son tour son ministre.

Aussi accueille-t-il avec grand plaisir un des rares personnages susceptibles de lui fournir des renseignements précis, en l’occurrence le capitaine d’artillerie Carayon, alors en disponibilité et installé à Sainte-Marie où, avec son ami Albrand, il a créé une entreprise agricole florissante. Il arrive à Bourbon en décembre 1823.

Son grand avantage est de connaître les problèmes saint-mariens et d’être en contacts fréquents avec la Grande terre, tout au moins avec les chefs betsimisaraka chassés par Radama 1er et « réfugiés à l’ombre du drapeau français ».

Bref, il est la personne toute désignée pour fournir au gouverneur les renseignements destinés à orienter la politique à présenter à son chef hiérarchique.

Dès le 3 février 1824, Carayon écrit « Une notice sur les avantages que doit procurer à la France un établissement à Madagascar au port de Tintingue et sur les moyens les plus convenables à suivre pour y réussir ». Un mémoire que de Freycinet transmet rapidement à son autorité hiérarchique par lettre du 28 février.

Dans cette notice « au raisonnement tout militaire », Carayon estime que la meilleure façon de briser l’encerclement de Sainte-Marie est de créer un établissement à Tintingue. Il y présente aussi la situation politique de Madagascar au début de 1824.

Tout au moins, son mémoire renferme sans doute l’opinion la plus sérieuse sur la question que de Freycinet peut obtenir. « Ce n’est ni le travail hâtif d’un officier de marine de passage, ni les élucubrations d’un scribe rédigeant dans un lointain bureau. De ce fait, il convient de l’analyser avec soin, en le comparant avec les autres sources contemporaines, en particulier les sources anglaises. »

Toutefois, aussi bien renseigné qu’il le soit, Carayon est imbu des thèses françaises pour lesquelles les

« fameux droits de la France sont un point intangible ». De ce fait, il construit ses raisonnements autour de ces

« droits», « sans qu’il lui vienne à l’esprit que les autres parties en présence pouvaient à leur égard élever des contestations ». De même, « anglophobe » par intérêt, il ne semble pas saisir- et la qualifie d’absurde et de ridicule- la politique de Radama de s’appuyer sur les Britanniques, la confondant à celle des Anglais vis-à-vis de Radama.

 

Pela Ravalitera

 

Jeudi 07 novembre 2013

L’Express

 

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