2013-11-22 Notes du passé: Le Sorabe, ouvrage fondamental de référence

Publié le par Alain GYRE

Le Sorabe, ouvrage fondamental de référence

 

Madagascar avant l’Histoire. C’est ainsi que le chercheur Jean Poirier intitule son étude sur les origines du peuple et de la civilisation malgaches (Bulletin de Madagascar, décembre 1966).

Contrairement à d’autres pays, le passé de la Grande île ne peut être reconstitué à l’aide de textes, inscriptions sur des monuments, ou manuscrits.

Les ancêtres ont cependant le souci de préserver le souvenir de ce qui a eu lieu avant eux et transmettent oralement des traditions, de bouche à oreille (lovan-tsofina, l’héritage des oreilles).

En effet, dans l’île on s’intéresse et s’attache si profondément aux ancêtres que tous les vieillards connaissent « les choses d’autrefois». Ces traditions sont transmises par tous les «Ray aman-dreny » (parents). Pourtant, parfois elles sont peu claires ou difficiles à interpréter, ou encore contradictoires entre elles. Néanmoins, elles demeurent « la matière première de l’Histoire ».

Jean Poirier parle d’autres documents, dont les vestiges archéologiques sont les plus importants. « Des fouilles systématiques de certains sites (lieux choisis qui ont été occupés par les hommes) sont d’ores et déjà commencées et ont donné des résultats prometteurs. »

Pour des périodes plus récentes, l’histoire malgache peut se fonder sur des textes qui sont de deux catégories : ceux en écriture arabe et les relations rédigées par des Européens.

Les manuscrits arabico-malgaches, Sorabe sont des recueils en écriture arabe, rédigés soit en langue arabe soit en malgache, et conservés par les Mpanjaka dans la Tranobe, la case du clan dans le Sud-est.

« Le manuscrit est alors le livre sacré de la communauté et ne peut être consulté qu’en certaines occasions, au terme d’un rituel approprié. » Il peut aussi être gardé par certaines familles qui les considèrent comme « l’élément le plus précieux de leur patrimoine ».

Ces textes sont rédigés sur du papier fabriqué à partir de l’écorce d’un palmier (havoha). Constitués en liasses protégées par des couvertures de cuir, ils sont conservés surtout par des familles antemoro, « mais il en existe chez d’autres tribus du Sud-est ».

Ils ont un caractère sacré qui « rend difficile leur utilisation ». « Il s’agit de recueils mythologiques, de formulaires magiques et de chroniques historiques. » La plupart des Sorabe datent du XVIIIe et du XIXe siècles, mais les renseignements dont ils font état, remontent beaucoup plus loin dans le passé.

Si l’origine du Sorabe est extrêmement vague, la technique de fabrication du papier reste actuelle, « commercialisée près d’Ambalavao, à Ambalataratasy, sous la direction d’un Antemoro » et les copies de Sorabe au sein des familles sont fréquentes.

Car quand un segment de lignage se fractionne, il arrive que chaque groupe tienne à posséder son propre « boky » qui est « le livre sacré », l’ouvrage fondamental de référence.

« Ces copies sont effectuées avec des plumes faites de fins fragments de bambous à l’extrémité fendue en deux. »

Si les traditions anciennes ont disparu, selon Jean Poirier, le célèbre « éléphant de pierre» de Vohitsara est réputé pour avoir été une sorte de reliquaire, un coffre à Sorabe. Il signale aussi que des traditions concordantes recueillies en pays antemoro affirment que la première « encre » utilisée pour la rédaction des Sorabe, a été autrefois « le liquide corporel sortant du cadavre exposé pendant plusieurs jours dans la case mortuaire. On mélangeait probablement à ces humeurs des produits végétaux colorants. Ultérieurement, on a utilisé des sucs végétaux ».

Jean Poirier indique également qu’au cours des évènements de 1947, de très nombreux manuscrits disparaissent. Une partie est brûlée ou détruite, « une autre a été enlevée par certains officiers et il serait hautement désirable qu’aujourd’hui, les Sorabe dispersés un peu partout reviennent en possession des familles ou des clans dont ils sont la propriété légitime ».

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Vendredi 22 novembre 2013

L’Express

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