2013-11-23 Notes du passé: Les Hauts-plateaux recouverts d’un vaste manteau forestier

Publié le par Alain GYRE

Les Hauts-plateaux recouverts d’un vaste manteau forestier

 

Après avoir effleuré les différents documents- oraux et matériels- qui font l’Histoire de Madagascar, le chercheur Jean Poirier (Bulletin de Madagascar, décembre 1966) aborde le peuplement de la Grande île. Il commence par la géographie.

Madagascar est restée pendant très longtemps hors des grandes routes de migrations, ce qui est un « phénomène normal et général qui s’est vérifié pour toutes les terres insulaires ». Ainsi, le peuplement de l’archipel polynésien ne remonte (à son début) « qu’aux premiers siècles avant notre ère ». Les îles Mascareignes, la Réunion et Maurice, restent complètement désertes jusqu’à l’arrivée des navigateurs européens. La Grande île semble occuper une position moyenne, « son peuplement a dû s’effectuer pour l’essentiel dans le courant du premier millénaire de notre ère ».

Jean Poirier l’explique par le fait que « île » et « isolement » dérivent de la même racine. De surcroît, Madagascar se trouve très à l’écart des grands ensembles continentaux et des grands centres de dispersion des migrations humaines préhistoriques. Les noirs Africains ne sont pas des marins et ne franchissent pas le Canal de Mozambique. 3 000 km séparent la Grande île de l’Asie des moussons, 4 000 km de l’Indonésie ; distances qui ne sont pas infranchissables, mais qui nécessitent une certaine « maîtrise des techniques navales et nautiques ».

Ainsi, il faut attendre une technologie assez avancée pour traverser les mers et

« aucune des grandes navigations inter-océaniennes n’est antérieure aux siècles précédant immédiatement l’ère chrétienne ».

Isolée dans le Sud-ouest de l’océan Indien, la Grande île appartient au monde indopacifique. « Rien d’étonnant à ce que les hommes ayant formé le noyau de la population malgache soient des Indonésiens. » En débarquant, ces Proto-Malgaches trouvent un milieu comparable à celui qu’ils ont laissé : une forêt dense, très humide, qui se prête à l’exploitation traditionnelle par la collecte et la culture « dérobée » sur brûlis, précaire et itinérante.

D’après Jean Poirier, à l’époque des premières migrations, il « semble bien » que toute l’île ait été couverte de forêts, de type tropical et équatorial sur les côtes (Nord et Est), de transition et plus sec sur les Hautes-terres de l’intérieur, xérophyte et donc caractérisée par des espèces adaptées à un climat sec dans l’Ouest et surtout le Sud.

« Cette présence ancienne de la forêt est attestée par divers témoignages et affirmée par la tradition malgache. On a retrouvé de très grosses souches d’arbres dans les rizières ; et enfin, les squelettes de lémuriens découverts en plusieurs endroits sur les Hauts-plateaux actuellement déforestés, confirment l’existence d’un manteau forestier, puisque ces animaux ne peuvent vivre qu’en forêt. »

Jean Poirier parle ainsi de deux problèmes : celui du « processus de déforestation » et celui du « processus de formation de la forêt dite primaire », encore visible dans les années 1960 dans de vastes secteurs de la falaise orientale. À cette époque, on ne s’explique pas encore parfaitement dans quelles conditions la forêt a pu disparaître aussi radicalement. Cependant, pour les Hautes-terres, « on est amené à supposer que les tavy généralisés et surtout incontrôlés- développant de larges incendies dont la tradition a conservé le souvenir- sont responsables de la disparition du couvert forestier ».

Quant au second problème de la formation de la forêt dite primaire, caractérisée par son

« aspect malingre », le chercheur l’explique par une « crise climatique ». Il qualifie la forêt primaire de « vierge du contact humain » comme dans le Masoala; ou « visible dans les régions dont le peuplement est tardif » comme sur les reliefs séparant la cuvette d’Andapa et de Sambava à l’Est, et de Bealanana à l’Ouest. À une époque indéterminée du quaternaire, celle-ci a entraîné une « intense érosion des

bassins versants, et en conséquence une déforestation ».

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Samedi 23 novembre 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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