2013-11-27 Notes du passé: Une économie fondée sur la seule cueillette

Publié le par Alain GYRE

Une économie fondée sur la seule cueillette

 

Dans une étude sur les origines du peuple et de la civilisation malgaches, le chercheur Jean Poirier insiste sur le cas des Mikea (lire précédente note).

Après avoir parlé des Mikea du Sud de l’Onilahy et du plateau Mahafaly, il aborde le cas de certaines populations installées dans la contrée allant de Manombo aux lacs Ihotry et Manonty, et qui se nomment elles-mêmes

« Masikoro-Mikea » ; ce terme « se référant peut-être à un genre d’habitat particulier, le milieu forestier ». Ils marquent une certaine réticence à se dire simplement Mikea, « cette expression étant péjorée car désignant un genre de vie inférieur ».

D’ailleurs, ces Masikoro-Mikea ne se distinguent pas des autres Masikoro. Installés près du lac Ihotry, au bord des pistes ou à la lisière de la forêt, ils se divisent en clans qui vivent dans différents villages tels Tsingory, Soahazo, Tsitoaka, Keliloaka… Par la suite, des voyageurs les confondent aux Mikea de la forêt.

Les Masikoro eux-mêmes considèrent les habitants de certains villages éloignés et installés en pleine forêt (Namonty) comme de

« vrais Mikea ». Mais d’après Jean Poirier, là encore, il y a confusion avec le genre de vie.

« Ces hommes sont de purs forestiers, dont l’économie est largement tributaire de la cueillette. »

Il les décrit comme « très réservés, méfiants, assez frustes », ne quittant leurs villages que pour des séjours en forêt plus ou moins prolongés.

« Ce sont eux qui vont commercer avec les villages masikoro ; les échanges se font la nuit ; les forestiers arrivent aux abords des villages masikoro, souvent sans y entrer, et repartent dès les échanges achevés. »

Les Mikea apportent du miel, des cocons de vers à soie sauvages, des produits animaux ou végétaux de la forêt. Ils ramènent dans leurs villages des vivres (maïs et manioc), du tabac, de l’argent, des étoffes (siky), des coupe-coupe.

Ils ont un outillage minimum approprié à leurs besoins. Jean Poirier les énumère : sagaie à talon (lefo) qu’ils utilisent pour déterrer les racines et tubercules ; cuiller à fouir (kipao) taillée dans le bois, sans manche, destinée au même usage ; sortes de gamelles de bois creusées dans un bloc (angolo), vanneries diverses.

Ils portent un bonnet de cuir de zébu (séché sur forme de bois). Ces Mikea pratiquent parfois une agriculture de clairière sur brûlis, très précaire (maïs, pois du Cap, jamais du riz). Ils ont quelques points d’eau, citernes naturelles. « Près de la côte, ils peuvent disposer de trous d’eau creusés à travers le sable d’abord, puis une plaque gréseuse, comme le font les Vezo. »

Le chercheur signale aussi qu’E. Berkeli a distingué, au début du XIXe siècle, les Mikea Kombi et les Mikea Betanimena, à partir de renseignements fournis par ses informateurs. Les premiers occupent la forêt. Ils ont des troupeaux de zébus qui, autrefois, leur étaient inconnus et qu’ils « poinçonnent » en utilisant leurs anciennes marques de propriété (lémuriens châtrés et ruches). Les seconds sont installés le long du littoral.

Jean Poirier met enfin à part les Mikea « sauvages » de la forêt qui sont jusqu’alors isolés.

« Le premier point controversé concerne leur existence, souvent niée. Nous sommes maintenant en mesure d’affirmer qu’il existe bien des gens de la forêt menant une vie semi-nomade, avec une économie fondée uniquement sur la cueillette. Les Masikoro-Mikea nient le plus souvent le fait, pour des motifs que nous ne distinguons pas encore très clairement ; il est vrai que les contacts entre Masikoro et Mikea sont rares. Il s’agit d’individus isolés qui gardent le secret des relations ainsi nouées. »

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Mercredi 27 novembre 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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