2013-11-28 Notes du passé: Survivre sur les possibilités stratégiques de la forêt

Publié le par Alain GYRE

Survivre sur les possibilités stratégiques de la forêt

 

Le chercheur Jean Poirier termine un chapitre de son étude sur les origines du peuple et de la civilisation malgaches, plus précisément sur le problème du substrat pré-indonésien, en se penchant sur les Mikea dont il distingue plusieurs groupes (lire précédentes Notes).

Le dernier, l’authentique qu’il présente, est constitué des Mikea qu’il qualifie de « sauvages». « Si les Mikea sauvages existent, il faut faire justice à la légende qui leur attribue une taille étroite ou des cheveux longs et lisses. »

En effet, les Mikea sont en réalité des populations- « peut-être faisant elles-mêmes partie du groupe Masikoro »- qui ont fui la domination du roi des Masikoro, il y a environ deux à trois siècles. Pour survivre, ils utilisent les possibilités stratégiques que leur offre la forêt épineuse, celle-ci constituant un refuge pratiquement inviolable.

Il s’agit de « groupes très étroits », qui se partagent les zones à l’intérieur des forêts, « la dimension variant de quelques individus à une quinzaine ». Ce sont des lignages qui mènent

« une vie semi-nomade qui repose sur la prédation». Ils n’ont pas de village avec cases construites, mais de simples campements avec des abris formés de plaques d’écorce, tendues sur des piquets constituant un auvent en

V renversé.

Ils vivent sans eau, mais cette prouesse est possible grâce à la présence de racines ou tubercules aquifères qui suffisent largement à leur procurer la ration physiologiquement nécessaire, tels le « bahoho », tubercule gorgé d’eau, les « sosa », « ovy », etc. Leurs techniques sont très rudimentaires. Ils ne possèdent pas d’armes, à l’exception du bâton-massue et presque aucun outil à l’exception du bâton-à-fouir, « la pintade est peut-être piégée et non chassée ».

Poursuivant la présentation de leur mode de vie, Jean Poirier indique qu’ils obtiennent le feu par rotation, à l’aide d’une baguette de bois dur tournant sur une planchette de bois tendre, dans une cavité où l’on met de la mousse sèche.

Les Mikea ont aussi des chiens (« alika » et non « amboa »), bien que le milieu suffise à assurer leur protection.

Par ailleurs, leur langage ne contiendrait que « quelques mots malgaches compréhensibles » par les Masikoro. « Là encore, il s’agit non pas d’une langue mikea particulière, mais d’une évolution interne du dialecte sakalava-masikoro. »

Comme les villageois installés en pleine forêt, tels ceux de Namonty, les Mikea « sauvages » ne viennent jamais dans les villages. Paradoxalement, ils acceptent le contact avec les Masikoro qui séjournent en forêt pour des expéditions de chasse ou pour la récolte

du miel. Cependant, souvent ce contact se manifeste seulement par un « commerce à la muette», dont les Masikoro prennent l’initiative en déposant au pied d’un arbre l’objet à échanger.

Néanmoins, des contacts directs existent aussi. Les échanges portent alors, du côté des Mikea, sur du miel (tantely), des hérissons (trandraka), des cocons de soie sauvages (landy), des fruits, racines ou tubercules. Et du côté des Masikoro, on troque du tissu, du manioc- le riz n’est pas du tout apprécié-, de la viande et parfois des coupe-coupe.

Signalons enfin que selon Grandidier, les Mikea « existent aussi dans le Menabe, entre Matseroka et Manja et sur les bords du Tsirobohina et du Manambolo ».

Toujours d’après cet auteur qui a sillonné la Grande île et séjourné dans le Menabe, ils habitent par ménages isolés et par petits groupes, vivant surtout de chasse et de racines sauvages. Ils font pourtant un peu d’élevage et ont quelques terrains de culture. « Leurs mœurs et leur langage n’ont rien de particulier. »

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Jeudi 28 novembre 2013

L’Express

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