2013-11-29 Notes du passé: Cinq sites historiques occupés par la garnison française

Publié le par Alain GYRE

Cinq sites historiques occupés par la garnison française

 

Durant sa mission dans la Grande île en tant que résident général de France, dans la première moitié de 1896, Hippolyte Laroche ne manque pas d’envoyer à Paris ses Rapports de quinzaine. Le 28 mai de la même année, il revient sur la « situation désastreuse de l’Imerina», au point de vue de la sécurité générale, la « rébellion » s’amplifiant au nord de la région. Il s’inquiète notamment que du côté des forces de pacification comme de celui des insurgés, tous « incendient les villages avec ardeur», d’autant que ces derniers se rapprochent dangereusement du site historique d’Ambohimanga.

« Ambohimanga où est le tombeau d’Andrianampoinimerina, est considéré par les Malgaches comme une sorte de ville sainte, et pour éviter de froisser certaines susceptibilités nationales, nous nous étions abstenus jusqu’ici de la faire occuper militairement. » Laroche craint cependant que, malgré les sept fossés qui l’entourent et n’ayant ni garnison ni armes pour se défendre, « cette place ne soit à la merci d’un coup de main de rebelles et sa capture ne laisserait pas de produire une assez grande impression ».

D’ailleurs, c’est pour éviter des troubles que, quelques mois plus tard, le général Gallieni fait transférer au Rova d’Antananarivo, les cendres d’Andrianampoinimerina et des souverains qui y sont cachés. Ainsi, il les a « sous les yeux ». Cette occupation militaire d’Ambohimanga (22 km d’Antananarivo) complète celle d’Ilafy

(13 km), Ambohidrabiby (22 km), Ambatoharanana (24 km) et Imerimandroso (26 km). Mentionnons que les distances données sont celles de la fin du XIXe siècle.

Les cibles des incendies provoqués par les insurgés dans le Nord de la province, sont surtout des édifices chrétiens, notamment norvégiens et anglais. « Aussi les missionnaires et leurs paroissiens fidèles se réfugient-ils auprès de nous, de qui ils attendent toute leur protection. »

Au Sud de l’Imerina, sur la route de Fianarantsoa, Hippolyte Laroche parle de la bande de Rainibetsimisaraka cantonnée entre Ambositra et Behenjy. Ce qui inquiète les populations car elle bloque fréquemment la route du Sud en y organisant des vols à main armée, dont les victimes sont les porteurs de bagages. C’est ce qui décide, vers la mi-mai, le résident de Betafo, Alby, à mener une tournée dans le Sud de sa circonscription, en compagnie du gouverneur du Vakinankaratra, Rainijaonary, « homme énergique dont nous attendons d’utiles services ».

Au même moment, une nouvelle tragique arrive à Antananarivo. Rainibetsimisaraka se lance contre Antsirabe et « l’a livré aux flammes ». Les missionnaires norvégiens de la ville en ont été absents, « mais ils avaient laissé leurs femmes et leurs enfants, au nombre de 19, ainsi que deux vieillards ». Bien que les informations affirment que toutes leurs maisons couvertes de tuiles sont brûlées, à Antananarivo tous espèrent que l’une d’entre elles ait pu échapper au désastre et que les Européens aient pu s’y réfugier et y tenir.

Néanmoins, en raison du danger résultant du voisinage de Rainibetsimisaraka et de « la répugnance marquée par le général Voyron pour envoyer détruire sa bande », Hippolyte Laroche « sent» la nécessité de constituer la Milice de Betafo avant toutes les autres. Elle est commandée par de Lagrange et compte huit sous-officiers issus de l’armée active.

Deux d’entre eux et de Lagrange lui-même accompagnent le résident de Betafo dans sa tournée. Trois sous-officiers gardent Antsirabe et trois autres restent à Betafo. « Ce fractionnement permet d’échapper à la critique, les milices n’ayant pas pour rôle de faire de grandes opérations en masse, mais de former des postes de police sur des points choisis ».

Le 24 mai au soir, M. Fournier, commis demeuré seul à la résidence de Betafo, reçoit un billet de l’interprète Gerbinis annonçant l’attaque menée par Rainibetsimisaraka avec 1 500 hommes. Le lendemain, Fournier avec ses trois sous-officiers et 18 miliciens accourent vers Antsirabe, mais à l’approche de la ville en feu, il se trouve en présence des rebelles en nombre considérable « et croit devoir se replier précipitamment ».

Mais loin de revenir vers Betafo, il se dirige vers le Nord-ouest puis à Antananarivo. Il arrive le 28 mai après une marche forcée de jour et de nuit « dans un état d’épuisement qui ne lui permet pas de s’expliquer sur les motifs qui l’ont déterminé à cette fuite ».

 

Pela Ravalitera

 

Vendredi 29 novembre 2013

L’Express

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