2013-11-30 Notes du passé: Un incident mortifiant pour la reine au Palais

Publié le par Alain GYRE

Un incident mortifiant pour la reine au Palais

 

Pour favoriser la pacification face aux Menalamba, le résident général Hippolyte Laroche décide de créer les milices pour former des postes de police sur des points choisis. Il donne la priorité à Betafo afin d’assurer la défense d’Antsirabe où, à partir du 19 mai, Rainibetsimisaraka et sa « bande de rebelles » sévissent (lire précédente Note). Bande que le général Voyron « répugne à détruire ».

La nécessité de défendre Antsirabe où vivent 25 à 30 Européens et que 1 500 insurgés ont prise, décide le résident général à y envoyer du renfort de 90 miliciens dirigés par le général Oudry et une compagnie de tirailleurs.

« Il ralliera 100 autres tirailleurs qui sont actuellement en reconnaissance près de Tsinjoarivo et poussera droit sur Antsirabe. » Il faut dire que par une « proclamation » affichée dans les villages du Vakinankaratra,

« Rainibetsimisaraka a mis ma tête au prix de 15 000 francs ».

Parallèlement, au Sud-est d’Antananarivo, une mitrailleuse Gardner est découverte dans une maison. Le propriétaire serait surtout préoccupé d’en faire de l’argent et la vend à des gens qu’il suppose envoyés par les rebelles du Nord. Mal lui en prit car il s’agit tout simplement de quelques hommes du lieutenant Peltier, chargé du service des renseignements militaires.

« Il a été arrêté, jugé par le tribunal malgache, et sera fusillé le 29 mai sur la place du Zoma, au moment du grand marché, par une escouade de miliciens sous le commandement d’un caporal indigène. » Quatre autres inculpés impliqués dans la même affaire, subiront la condamnation aux travaux publics à perpétuité.

Hippolyte Laroche évoque aussi dans son rapport en date du 28 mai 1896, un incident qui se produit au Palais le 21 mai. Le Rova d’Antananarivo, explique-

t-il, ne comporte aucun dégagement, hormis une « immonde basse-cour de quelques pieds carrés ». Cependant, Ranavalona III possède un beau jardin à Mahazoarivo, à quelque 1 800 mètres de là.

Le 19 mai, elle demande au résident général l’autorisation d’y aller et d’y inviter, selon un rituel annuel, les 150 petites filles d’une école qu’elle patronne et qui, selon l’usage, doivent y « prendre une collation et boire les sirops de Sa majesté ». Hippolyte Laroche donne son approbation à la requête royale, avant de partir à Ankaizamadinika pour une durée de deux jours.

« Les filanjana étaient préparés ; la reine, deux ou trois princesses, les officiers du cortège allaient se mettre en route, lorsque M. Bourde, secrétaire général de la Résidence, cédant à un mobile encore inexpliqué pour moi, a signifié à la reine qu’elle ne sortirait pas du Palais. Elle ne comprit rien à cette rigueur, éprouva une mortification profonde et passa la journée en larmes ; l’entourage royal fut aussi profondément affecté du procédé dont il était le témoin. »

D’ailleurs, le résident général signale que les nombreux attentats des « rebelles » mettent beaucoup de personnes dans un état nerveux « qui égare leur jugement ». Ainsi le général Voyron, sans oser accuser Hippolyte Laroche de faiblesse, « m’a déclaré aujourd’hui, sur un ton de reproche, que s’il était le maître ici, il ferait sur l’heure arrêter et mettre en prison la reine et ses ministres ; il m’avait déjà parlé de l’opportunité de faire fusiller les ministres ! »

Le résident général critique dans le même ordre d’idées le nouveau chef du service des renseignements militaires, le lieutenant Peltier qui, contrairement à son prédécesseur, le capitaine Aubé, « manque de sang-froid et de bon sens ». Les notes qu’il émet sont « en contradiction fréquente » avec les renseignements reçus à la Résidence générale.

Il recueille « comme exactes les rumeurs les plus invraisemblables qui tendent non pas, sans doute, à prouver mais à affirmer que le mouvement insurrectionnel est dirigé par la Cour et a pour principaux chefs le ministre de l’Intérieur, Rainandriamampandry, et le secrétaire général du gouvernement malgache, Rasanjy ».

Le résident général conclut que M. Bourde et M. Gautier, directeur des Affaires indigènes- ce dernier travaillant étroitement avec les autorités malgaches incriminées- partagent son opinion.

 

Pela Ravalitera

 

Samedi 30 novembre 2013

L’Express

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