2013-12-04 Notes du passé: Un responsable des renseignements trop crédule

Publié le par Alain GYRE

Un responsable des renseignements trop crédule

 

Dans une de nos précédentes éditions, nous avons mentionné les doutes d’Hippolyte Laroche, résident général, concernant le comportement et le raisonnement du nouveau chef du service des renseignements militaires, le jeune lieutenant Peltier. Comparant ce dernier à son prédécesseur, le capitaine Aubé, le résident général lui reproche « sa jeunesse, son expérience encore peu développée pour conduire à maturité l’esprit critique indispensable à tout service de renseignements ».

Dans son deuxième rapport de quinzaine de juin 1896, il évoque les informations « les plus extraordinaires » que lui fournit le service des renseignements militaires par l’intermédiaire du général Voyron. Le résident général cite quelques-unes de « ces extravagances ».

« À la fin de la lune, tous les rebelles se rassembleront et entreront dans Anjozorobe par un souterrain » (29 avril). « Tous les rebelles du Nord sont pourvus de fusils se chargeant par la culasse ; ils ont, en outre, sept canons, dont un leur a été offert par des Européens de Tananarive » (même jour). Le 8 avril, les agents du service signalent Rainijaonary, gouverneur de Manatonana, village du Vakinankaratra près de la frontière sakalava, comme « préparant » l’insurrection dans le Sud.

« Le 26 avril, ils me fournissaient le texte d’une lettre écrite et adressée par le même Rainijaonary aux rebelles du Nord (à 400 km), leur donnant ses ordres comme général en chef et organisateur de toute l’insurrection. À la même date, Rainijao­nary était dénoncé comme venu clandestinement à Tanjombato pour se livrer la nuit à des distributions d’armes aux rebelles. Le 29 avril, on lui donnait le commandement des rebelles de l’Est. Ces informations sont inconciliables entre elles ; mais le service le retient pourtant, sans essayer de la corriger ni de les contrôler. » Et d’ajouter : « J’étais heureusement fixé sur le caractère de Rainijaonary, dont j’ai exigé la nomination comme gouverneur général du Vakinankarattra où il rend les services que vous savez. »

Le résident général poursuit son énumération. Pendant longtemps, le ministre de l’Intérieur, Rainandriamampandry est lui-aussi l’objet d’accusations aussi précises, mais elles cessent finalement. C’est au tour de Rana­valona III d’être mise en cause. Parlant à un chef rebelle qui serait venu en secret à Antananarivo, elle lui aurait dit : « Hâtez-vous de me délivrer, car les Français vont m’emmener en France » (26 juin). Elle lui aurait ensuite confié une lettre signée de sa main, exhortant les rebelles à combattre ; lettre que, par la suite, il a lue sur les bords de la Mananara, devant ses hommes à « très haute voix ».

D’après Hippolyte Laroche, il est probable que des chefs rebelles donnent lecture d’ordres ou de lettres qu’ils prétendent venir de Rainijaonary ou de la reine. « Il est certain que lors des mouvements populaires de la côte Est, en janvier dernier, tous les chefs de bandes se donnaient comme agissant en vertu des ordres de la Résidence générale, dont ils exhibaient de prétendues lettres. »

Il s’étonne néanmoins de l’attitude du lieutenant Peltier et s’inquiète que « la crédulité des campagnards abusés par ces manœuvres enfantines » se communique aussi facilement à des hommes sérieux, aux officiers du service des renseignements militaires.

Le résident général mentionne d’ailleurs qu’une correspondance saisie quelques jours plus tôt éclaire « d’un jour plus vrai » les actes de la reine. La lettre émane de Razafindrazaka, ancien gouverneur général du Menabe, remplacé à ce poste après la guerre. Redoutant l’accueil des Français d’Antananarivo, il n’ose y venir et préfère rester au milieu des Sakalava. Cette crainte vient du fait qu’en 1895, il a fait fusiller deux Français. L’enquête menée établit pourtant qu’il a agi sur les ordres formels du Premier ministre Rainilaiarivony, « justifiés, semble-t-il, par certains actes de ceux dont on lui reproche la mort ».

Hippolyte Laroche l’encourage à monter en Imerina, mais il n’ose pas quitter sa retraite de l’Ouest où son successeur l’accuse de fomenter la rébellion. Et de se demander si Razafindrazaka n’est pas « victime de mauvais procédés de son remplaçant ou de circonstances fatales ».

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Mercredi 04 decembre 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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