2013-12-05 Notes du passé: Collusion entre la Cour d’Imerina et les rebelles ?

Publié le par Alain GYRE

Collusion entre la Cour d’Imerina et les rebelles ?

 

Manque de maturité et d’expérience. C’est ainsi que le résident général Hippolyte Laroche qualifie, dans son Rapport de quinzaine en date du 27 juin 1896, le nouveau chef du service des renseignements militaires français à Madagascar, le jeune lieutenant Peltier. Défaut qui le pousse à tenir compte des rumeurs circulant dans la capitale. Il prend l’exemple de l’ancien gouverneur du Menabe, Razafindra­zaka qui, craignant pour sa vie,

se plaint à travers une lettre à Ranavalona III des malheurs qui le frappent (lire précédente Note).

« Ici, il n’y a rien à réaliser, je suis ruiné, anéanti. La vente au Vazaha n’a pas abouti ; l’argent que j’ai avancé au gouvernement, quand j’étais gouverneur, est impossible à recouvrer et probablement à jamais perdu. La grande maison où j’ai dépensé tout ce que j’avais de fortune et de courage pendant si longtemps, ne me rapportera pas un voamena (20 centimes) : elle était finie depuis un mois quand on m’a révoqué et pourtant je n’ai pas pu la vendre, j’en ai été empêché par la force… les fonctionnaires s’y sont installés. Tout l’argent que j’avais dans le commerce, entre les mains d’amis, est dispersé depuis mon départ et ne rentrera pas : je suis réduit à la mendicité, moi, ancien gouverneur général. »

Et d’expliquer pourquoi il n’ose pas quitter sa cachette au milieu des Sakalava, pour rentrer à Antananarivo : « On me dit que je suis perdu si je monte, qu’on me tuera à cause du Vazaha que le Fanjakana m’a donné l’ordre de faire exécuter. Je suis forcé de partager les sentiments de tout le Menabe, entre Manja et le Betsiriry, entre Midongy et la mer. Je ne servirai que la descendance d’Andrianampoinimerina et nous briserons tout ce qui y fait obstacle. »

La fin de sa lettre est considérée par le lieutenant Peltier et les agents des renseignements militaires comme une confirmation de la collusion entre la Cour d’Antananarivo et les insurgés.

 Le service de renseignements militaires parle depuis quelque temps, d’après le résident général,

« des intelligences des rebelles » dans la capitale. Le 13 juin 1896, le bruit se répand tout à coup qu’il vient de saisir les preuves d’une grande conspiration dont le chef serait le secrétaire général du gouvernement malgache, Rasanjy. Toujours selon la même source, ce dernier qui serait arrêté et accablé par des témoignages irrécusables, serait bientôt fusillé. « C’est le sujet de toutes les conversations. »

Le lendemain, le lieutenant Peltier annonce à Hippolyte Laroche cette « importante découverte ». Comme il a déjà procédé à un certain nombre d’arrestations et « craignant d’aller trop loin s’il en fait plus», il apporte au résident général les noms des membres du comité directeur des conjurés. « Quatre jours plus tard, le général Voyron me transmet le dossier de l’affaire. »

Celle-ci se résume ainsi : chez un certain Ratsimba, dresseur de chevaux, une perquisition fait découvrir un fusil à répétition et un revolver. Encourant la peine de mort et sous promesse d’avoir la vie sauve s’il donne des indications, il signale une maison dans un quartier à l’est de la ville où des réunions suspectes se seraient souvent tenues le soir.

Le locataire de la maison suspecte, appelé Rainimamonjy et qui, en fait, tient le poste du concierge selon le rapport du lieutenant Peltier, arrêté et pressé de questions, finit par dire qu’il y a « vu des gens entrer et sortir ». Les chefs, Ratsimba et Rainimamonjy en « ont prononcé les noms successivement, comme à regret ».

« Si la conception du complot semble un peu banale, la liste des conjurés ne l’est pas. » Hippolyte Laroche commente alors celle-ci.

« Les officiers qui l’ont admise sans éclater de rire ne pouvaient pas plus ingénument laisser voir à quel point ils sont étrangers aux choses malgaches, à la connaissance du personnel indigène de Tananarive. »

S’adressant directement à son chef hiérarchique, le ministre de la Colonie, il conclut : « Je dois, pour vous en donner une idée, passer en revue les noms de cette liste, en consacrant une courte notice aux principaux d’entre eux. »

 

Pela Ravalitera

 

Jeudi 05 decembre 2013

L’Express

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