2013-12-07 Notes du passé: Insuffisance des simples allégations de trahison 

Publié le par Alain GYRE

Insuffisance des simples allégations de trahison 

 

Dans son Rapport de quinzaine du 27 juin 1896, le résident général Hippolyte Laroche donne la liste des conjurés anti-français qu’a établie le Service des renseignements militaires, avec quelques commentaires sur chaque nom.

Outre ceux énumérés dans notre précédente Note, le lieutenant Peltier cite également l’ancien gouverneur d’Anorotsangana, Rakotovao. Le résident général signale d’abord que la succession de Rakotovoalavo, gouverneur général du Vonizongo, tué avec ses officiers par les rebelles, est singulièrement « difficile et lourde à accepter ».

« Beaucoup de villages ont fait cause commune avec l’insurrection, la garnison d’Ambohi­pihaonana, avec armes et bagages, s’est jointe aux insurgés. Il faudra beaucoup de courage pour essayer d’aller rétablir l’autorité gouvernementale dans cette région, beaucoup de mérite pour y réussir. » Hippolyte Laroche propose le poste à Rakotovao dont « la valeur morale me paraît offrir d’exceptionnelles garanties. »

Et de conclure : « C’est la meilleure réponse que je puisse faire à l’accusation », tout en précisant que c’est « d’autant plus inadmissible, en fait, que rentré, il y a quelques jours à Tananarive d’où il était depuis plusieurs années absent à 700 km de distance, il n’aurait pu assister aux réunions mystérieuses, dont le concierge de la maison des conjurés le désigne comme ayant été un membre assidu ».

Suivent deux grands personnages, le prince Ratsimamanga et Razafimanantsoa, oncles de la reine, qui « ressentent assez vraisemblablement peu de sympathie pour l’occupation française. Il n’aurait, a priori, rien d’impossible à ce qu’ils en souhaitassent la fin. Toutefois, il ne suffit de leur supposer cet état d’esprit, il faudrait découvrir la trace de quelque manœuvre de leur part. »

Autres noms sur la liste, d’abord celui de Ramiadana, sœur de lait de Ranavalona III. « Rien ne m’autorise, a priori, à nier la participation de cette personne à un complot. La présence d’une dame dans le comité directeur de l’insurrection n’est pas plus étonnante que la présence de la plupart des personnes déjà énumérées. » Ensuite, celui de Razanakombana, ancien ministre des Lois qui est interné à Tsarasaotra avec Rainilaiarivony jusqu’au départ de celui-ci pour Alger, puis remis en liberté sur l’avis conforme de M. Ranchot. « Je ne le connais pas assez pour me porter garant de son innocence, encore faudrait-il fournir de sa culpabilité au moins un commencement de preuve. »

Rasanjy, secrétaire général du gouvernement malgache, est lui aussi accusé d’intriguer contre la France. Il aurait assisté aux premières réunions du comité et se serait fait, par la suite, représenté par « son aide de camp Ratsimba ». Hippolyte Laroche contredit tout de suite cette assertion car Ratsimba est un homme de situation humble, tenant pension de chevaux, c’est-à-dire ayant une écurie où il loge et entretient les chevaux des particuliers. Très peu de Malgaches possèdent des chevaux et presque aucun n’a d’écurie dans sa maison. « Le cheval de Rasanjy est ainsi en garderie dans l’écurie de Ratsimba. »

Le résident général se fait même l’avocat de Rasanjy, devenu « le bouc émissaire que chacun charge de tous les péchés de Madagascar ». D’après lui, les Européens lui en veulent à cause de « sa vieille réputation de rapacité ». Les catholiques lui reprochent « d’être protestant ».

Hippolyte Laroche s’enflamme de plus en plus. Rasanjy travaille six heures par jour à côté de M. Gautier. Le dimanche, il va dans une maison de campagne qu’il possède aux portes de la ville et qu’il loue au chef d’escadron Henry. « Les officiers de l’armée qui parlent de Rasanjy sans l’avoir jamais entretenu ni vu, l’accusent de trahison ; le chef d’escadron Henry, qui est le seul à le voir et à l’entretenir quelquefois, exprime une opinion toute contraire. »

Et de conclure : « Je serais, pour ma part, disposé à me priver des services d’un homme dont la réputation d’improbité dans le passé est une gêne pour moi ; mais je ne puis pas le faire pendre en vertu de simples allégations de trahison que rien ne corrobore. »

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Samedi 07 decembre 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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