2013-12-09 Notes du passé: Une liste aussi invraisemblable que bizarre

Publié le par Alain GYRE

Une liste aussi invraisemblable que bizarre

 

Nous terminons ce jour de rappeler le Rapport de quinzaine du résident général Hippolyte Laroche, en date du 27 juin 1896. Il y donne son avis concernant la liste de conjurés établie par le Service français de renseignements militaires à Madagascar.

Le lieutenant Peltier cite aussi Rajoelina, un autre fils de l’ancien Premier ministre Rainilaiarivony. Mais le résident général met en doute cette assertion : « Ayant vu Rajoelina assez souvent et d’assez près, je serais fortement surpris qu’il ait pris part à une intrigue contre la France. Telle n’est pas sa disposition d’esprit actuelle, et il pense à tout autre chose. »

Ratsimbazafy, lui, est le fils du successeur de Rainilaiarivony, Rainitsimbazafy. Il aurait été le délégué dans le comité directeur de l’insurrection. Bien qu’il l’ait peu fréquenté, Hippolyte Laroche et ses collaborateurs civils ne croient pas en la participation ni du fils, ni du père, « ni même à des sentiments nettement hostiles de leur part ».

Et de commenter : « Ils sont en apparence d’esprit vulgaire, vivant bourgeoisement, sans prestige et sans prétention, passant pour assez honnêtes, c’est-à-dire n’ayant pas la réputation de rapacité de beaucoup d’autres. »

Un certain Harisoa est aussi impliqué dans le complot. Ancien collègue de Rasanjy comme secrétaire de Rainilaiarivony, il est marié à la petite-fille de Jean Laborde. Bien que n’osant pas affirmer que sa participation à un complot soit impossible- « si complot il y a ! »- le résident général réfute cette accusation « jusqu’à ce qu’on en fasse la preuve », du fait de ses démarches et de son attitude. « Quand on a pris contact avec

les gens, qu’on les a écoutés, observés, étudiés, l’impression qu’on en conserve n’est pas sans aucune importance.»

Ramahatra est également impliqué dans la conjuration. Prince de sang, gouverneur général de l’Avaradrano, bien qu’il n’ait pas complètement « échappé aux accusations qui ont été dirigées tour à tour contre tout le monde », le prince Ramahatra est, selon le cas, « assez bien ou mal vu » que les autres Malgaches en général, par les Français militaires et civils d’Antananarivo.

« Les dénonciations apportées au lieutenant Peltier ne représentent pas Ramahatra comme ayant été aux réunions du comité insurrectionnel.» Et de préciser : « Un de ses aides de camp y serait allé avec mandat de le représenter. » Pour enfin conclure : « L’hypothèse est au moins invraisemblable. »

Enfin, il y a sur la liste Rafilipo et Razafindralambo, deux employés subalternes travaillant aux bureaux du gouvernement malgache où M. Gautier « apprécie beaucoup leur capacité ». « Ils ont été distingués et indiqués par Rasanjy et pourraient être suspectés si celui-ci lui-même était coupable. » Suivant la dénonciation, Rafilipo « ne serait pas moins que le secrétaire du comité directeur de l’insurrection ».

Le résident général ne manque pas de mettre en exergue la « bizarrerie » de l’assemblage de ces divers noms. « L’invraisemblance manifeste des travaux et des projets prêtés au comité directeur par les deux seuls individus dont le témoignage est indiqué », ne permettent pas aux collaborateurs civils d’Hippolyte Laroche de douter un instant que le service de renseignements militaires soit « victime d’une mystification ».

« Je suis loin de croire impossible tout complot malgache. » Et d’expliquer que bien des Malgaches ont beaucoup perdu avec l’arrivée des Français et aspirent à leur éviction, tels les fonctionnaires du gouvernement royal mis à l’écart et privés des moyens dont ils disposent pour vivre à l’aise. Pourtant, ces personnalités ne se trouvent pas sur la liste du lieutenant Peltier !

« Quoiqu’il en soit, pour me conformer au désir du général Voyron et pour provoquer la plus grande lumière sur le complot prétendu, j’ai transmis tout le dossier au procureur général en l’invitant à ouvrir une instruction immédiate. »

 

Pela Ravalitera

 

Lundi 09 décembre 2013

Publié dans Notes du passé

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