2013-12-11 Notes du passé: Une première ébauche de Tana sous Andrianampoinimerina

Publié le par Alain GYRE

Une première ébauche de Tana sous Andrianampoinimerina

 

Au 1er janvier 1968, Antananarivo est la seule très grande ville de l’île avec 325 000 habitants sur ses 73 km², contre 52 000 pour Toamasina, 45 000 pour Mahajanga, 40 000 pour Antsiranana, 44 000 pour Fianarantsoa, 31 000 pour Toliara et 30 000 pour Antsirabe. Cepen­dant, l’agglomération dont elle est le noyau, dépasse 360 000 âmes en comprenant les communes périphériques de Tanjombato, Anosizato, Ambaniala-Itaosy-Ambohidrapeto, Ivato et Ambohimanarina.

D’après Gerald Donque de la Faculté des lettres et sciences humaines, rien dans les conditions géographiques n’a prédestiné Antananarivo à devenir la capitale d’un vaste pays. « Située au cœur de l’île, elle est loin des points de contact côtiers avec les navigateurs et les commerçants étrangers qui, de bonne heure, ont fréquenté les rivages malgaches. »

Entre 800 et 1 400 m d’altitude, le centre de la Grande île est constitué d’un ensemble de hautes terres sur lesquelles alternent les massifs volcaniques pouvant être très élevés (Ankaratra), des buttes dénudées aux formes arrondies et des « plaines » marécageuses souvent étirées le long des cours d’eau. La plus vaste est celle du Betsimitatatra (300 km²), secteur affaissé par rapport aux plateaux encadrés, longtemps occupé par des nappes fluviales plus ou moins continues et dont l’assèchement a été imparfait. C’est ainsi que des lacs subsistent, tels Mahazoarivo, Mandroseza, Ambohibao, Ivato…) et que des rivières le sillonnent, Sisaony, Andromba, Mamba et surtout Ikopa qui décrivent de capricieux méandres entre des digues. D’immenses étendues marécageuses, couvertes en partie de rizières, s’étalent largement à l’ouest de la ville.

Selon l’auteur de « Population et société tananariviennes » (Bulletin de Madagascar, novembre 1968), les premiers clans merina venus des hautes vallées de la Sisaony et de l’Ikopa au sud-est, s’implantent, sur les buttes à l’abri des miasmes des marais en contrebas et en position défensive. « Cha­cune de ces buttes devint le centre d’une petite principauté cherchant à s’étendre aux dépens des voisines. » À travers bien des vicissitudes, un commencement d’unité se réalise autour de l’une d’elles. En 1792, le souverain d’Ambohimanga s’établit sur la colline la plus élevée de la région, l’ancienne Analamanga.

La première ébauche d’Anta­nanarivo se fait sous Andrianam­poinimerina (1787-1810). La volonté d’ordre et de développement « qui inspire la politique de ce grand roi », a pour résultat de faire de la capitale de son royaume, un « organisme politico-administratif et militaire » implanté sur la partie la plus élevée, le Rova, et un centre commercial concrétisé par le grand marché du Zoma qui se tient alors à Andohalo et vers lequel accourent les paysans de la périphérie venant vendre leurs produits.

Dès Radama 1er (1810-1828), l’expansion territoriale du royaume multiplie les habitants dans la ville, dont le rôle commercial s’accroît parallèlement. Car il faut nourrir une population citadine qui grossit et qui, de plus en plus, délaisse le travail de la terre pour se consacrer à des activités politiques, administratives ou militaires. « Les secteurs habités s’étendirent sur les crêtes et les flancs des collines divergeant à partir d’Ambo­hijatovo, tandis que la volonté royale ébauchait l’occupation des basses pentes du Fort-Voyron. »

Malgré les vicissitudes de la conjoncture, une continuité de vues entraîne les souverains suivants à renforcer l’organisme étatique, donnant par là à Antana­narivo l’occasion « de croître numériquement et de s’étendre spatialement». Parallèlement, les Européens de plus en plus nombreux, surtout à partir de 1861, marquent de leur empreinte le développement de la cité en y multipliant les édifices cultuels et les bâtiments de briques abritant leurs missions, leurs écoles, leurs hôpitaux…

À la veille de la colonisation, hormis les villages suburbains grossis eux aussi, Antananarivo compte déjà une cinquantaine de milliers d’habitants, mais la descente de la ville vers le lac Anosy s’amorce et la vaste esplanade de Mahamasina joue un rôle de Champ de Mars et de place publique pour les cérémonies officielles. Toutefois, le vallon central d’Analakely reste encore couvert de marais et de rizières.

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Mercredi 11 decembre 2013

L’Express

 

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