2013-12-19 Notes du passé: La caste et la religion, des barrières dans le mariage

Publié le par Alain GYRE

 

La caste et la religion, des barrières dans le mariage

L’ancienne organisation monarchique laisse subsister une stratification sociale qui, au sein de la population de l’Imerina, permet encore de distinguer des descendants de nobles, de roturiers et d’esclaves, constate en 1968 Gerald Donque de la Faculté des Lettres et des sciences humaines d’Antananarivo.

Les nobles (Andriana) représentent environ 14% de la population imérinienne. Ils sont issus des anciens rois ou des collatéraux de ceux-ci qui n’ont point régné.

À leur tour, ils se subdivisent en sous-castes- au nombre de six dans les derniers temps de la monarchie-, instituées par Ralambo, remaniées par Andriamasinavalona et reprises par Andri­nampoinimerina.

Les roturiers libres (Hova), environ 47% de la population, semblent être selon Gerald Donque, « les descendants des anciens chefs de clans proto-merina ou de clans merina subjugués par le lignage d’Andrianampoinimerina ». Parmi eux, « sans qu’on puisse parler de sous-castes », existent des divisions qui les hiérarchisent.

Quant aux descendants d’esclaves (Andevo), il s’agit de captifs de guerre ou de pillage soumis à la servitude, ou encore hommes libres déchus de leurs prérogatives pour fautes graves.

« Le brassage des anciennes castes ne s’est point opéré et sauf exception, les mariages inter-castes demeurent rares. » Gerald Donque apporte toutefois quelques nuances. Les mariages entre « Fotsy » et « Mainty » sont quasi inexistants. Par « Mainty », il entend les Andevo mais aussi la troisième caste libre, les « Mainty enin-dreny ».

En revanche, avec le progrès de l’individualisme, le développement de l’instruction, la nouvelle répartition des richesses et des revenus…, un changement de mentalité s’opère dans les jeunes générations. « Les mariages entre Andriana et Hova deviennent relativement fréquents et la barrière entre ces deux castes, jadis très rigide, s’effrite progressivement aujourd’hui. »

L’enseignant-chercheur mentionne d’autres facteurs de différenciation qui interviennent au sein d’une même caste, « compliquant encore la structure sociale et jouant un rôle non négligeable dans le choix de l’époux ».

L’appar­tenance à telle ou telle religion a été longtemps le plus important.

« Une majorité d’Andriana est de religion protestante pour avoir suivi la reine lors de sa conversion. Néanmoins, aussi bien chez les Andriana que dans les autres castes, le catholicisme a gagné et gagne encore du terrain. La population de Tananarive constitue une mosaïque religieuse, mais de nos jours, la religion a cessé d’être une barrière infranchissable dans le mariage, venant après le critère de caste et, à l’intérieur de celle-ci, de restreindre les possibilités de choix. »

Gerald Donque insiste plutôt sur l’importance du genre et du niveau de vie, le degré d’instruction, l’état de fortune ou la progression dans le choix d’un mari ou d’une épouse. « Ces éléments ne modifient pas l’interdit qui peut frapper une caste en matière de mariage vis-à-vis d’une autre, mais ils introduisent, au sein de la même caste, une nouvelle hiérarchie interne calquée cette fois sur celle des pays d’économie développée occidentaux, en faisant distinguer une classe supérieure riche ou aisée, une classe moyenne et une classe pauvre. »

En réalité, de par leur origine et les privilèges qui s’y rattachent, Andriana et Hova ont pu acquérir (« ou faire acquérir à leurs descendants ») un niveau économique bien supérieur, en général, à celui des Andevo. Ils ont donné à leurs enfants une instruction à l’européenne qui permet à ceux-ci d’accéder aux fonctions de cadres publics ou privés, les mettant à la tête des administrations et des entreprises. « Sauf exception, les descendants d’Andevo n’ont guère pu s’élever dans la hiérarchie sociale moderne. »

« Ainsi survit, en fait, le cloisonnement hérité du passé malgré l’évolution politique, le changement de mentalité et la volonté répétée des gouvernants d’abolir toute distinction tenant à la race, l’ethnie, la religion, la naissance, l’appartenance à un quelconque groupe social. »

Pela Ravalitera

Mercredi 18 decembre 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article