2013-12-23 Notes du passé: Des communautés karana homogènes et fermées

Publié le par Alain GYRE

 

Des communautés karana homogènes et fermées

Plusieurs communautés étrangères vivent à Antanana­rivo, dont la plus importante est, sans conteste, constituée par les Français. Leur niveau de vie est, dans l’ensemble, plus élevé que la moyenne malgache (lire précédente Note). À côté de ces derniers, se trouvent les Comoriens qui, en revanche, ont un très faible niveau de vie.

Gerald Donque, enseignant-chercheur, explique en 1968 cette situation par « leur absence d’instruction et de qualification professionnelle ». Ainsi, ils ne peuvent remplir que les fonctions de

« boys », gardiens d’immeubles et veilleurs de nuit, plantons. Et quelquefois de cuisiniers « d’autant plus appréciés que leur religion multipliant les tabous alimentaires, constitue une garantie pour leur employeur ».

Ils sont de rite chaféite, caractérisée par la stricte observance des prescriptions coraniques. Des associations d’entraide, comme le Foyer comorien, cherchent à développer leur solidarité car ils demeurent très divisés entre eux à cause de « rivalités opposant les Grands-Comoriens aux Anjouanais, rivalités de clans, de villages d’origine, de confréries enfin… »

Les Malgaches acceptent facilement les Comoriens vis-à-vis de qui ils éprouvent un « vague sentiment de supériorité raciale et sociale ». Les Comoriens vivent entre eux, dans les quartiers les plus pauvres, sans se mêler aux autres populations, « contrairement à l’Ouest où leurs unions avec des Malgaches sont relativement fréquentes ». Au début, beaucoup sont venus seuls, comptant amasser un petit pécule et retourner dans leur pays, « mais de plus en plus, ce sont des couples qui immigrent avec leurs enfants ».

Les Karana- Indiens, Pakis­tanais apatrides d’origine indienne et pakistanaise- sont arrivés dans l’île, surtout après la conquête française. Leur mouvement d’immigration est continu entre les deux guerres pour être définitivement stoppé après la dernière.

« Aussi leur communauté ne se développe-t-elle plus que par un croît naturel très rapide, car les familles restent très prolifiques. » Ainsi, les deux tiers sont nés à Madagascar et la majorité ne connaît les Indes autrement que par les livres, les photos, les films ou les récits. Aux yeux des Tananariviens, ils forment des

« communautés fermées et homogènes».

C’est en partie vrai et leurs traits communs sont nombreux. D’abord, ils sont presque tous originaires de la région de Bombay, des districts de Kathiawar et Gujerat. Ensuite, leur langue, le gujrati, est bien conservée et leur sert « d’idiome d’initiés » dans les transactions commerciales vis-à-vis des Malgaches et des étrangers. De plus, ils partagent le même genre de vie et les mêmes mœurs, notamment la religion musulmane avec tout ce que cela implique (interdits alimentaires, fréquentation de la Mosquée le vendredi, célébration ostensible des fêtes nationales ou religieuses… Il y a aussi le port du costume traditionnel même si, dans ce domaine, l’occidentalisation s’affirme chez les jeunes, hormis les jours de fêtes.

Enfin, il y a leur rôle économique car à Antananarivo, il existe d’importantes fortunes karana issues du commerce. « De fortes entreprises familiales, apparemment indépendantes, sont en fait liées entre elles, de telle sorte qu’elles finissent par constituer de véritables intégrations horizontales ou verticales. » Le commerce les attire plus particulièrement, surtout celui des tissus, neufs ou de friperie, au stade de l’import-export, du gros ou du détail. « Mais certains commencent à investir leurs capitaux dans de petites industries locales tandis que d’autres s’orientent vers les hôtels et les restaurants, les salles de spectacle, etc. »

Pourtant, Gerald Donque souligne que cette « homogénéité de façade cache de profondes différences». De nationalité en premier lieu, car autrefois sujets anglais, tous confondus, ils sont placés en 1947 devant de graves problèmes d’appartenance nationale.

En 1968, on distingue parmi eux des Français (13%), des Indiens, des Pakistanais, encore quelques Anglais et enfin des apatrides « rejetés par les conditions du code de la citoyenneté indienne et non acceptés par d’autres pays ». Beaucoup cherchent d’ailleurs à obtenir la nationalité malgache, « autant par sentiment que pour des motifs pratiques, car dans certaines familles, les membres possèdent des nationalités différentes, très utiles dans les tractations financières et économiques».

Et surtout, il y a les différences de religions, Islam, Khoja, Aga Khan, etc.

 

Pela Ravalitera

Lundi 23 decembre 2013

L’Express

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