2013-12-27 Notes du passé: Mort de fatigue à cause de son zèle

Publié le par Alain GYRE

 

Mort de fatigue à cause de son zèle

L’abbé de Solages est nommé le 12 novembre 1829, préfet apostolique des Îles des Mers du Sud, c’est-à-dire Bourbon, Madagascar et l’Océanie. Aussitôt, il se préoccupe de trouver des collaborateurs et frappe à la porte du Séminaire du Saint-Esprit que M. Bertout vient de rétablir.

Dans l’île de La Réunion, la situation n’est pas très brillante sur le plan religieux et certains gouverneurs abusent de leur pouvoir. Sœur Marie-Joseph Varin, supérieure des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, écrit : « Il y a fort peu de religion ici ; c’est à faire pitié. » L’administrateur Karloguen dit de son côté :

« Personne ne pratique à La Réunion ; il n’y a que trois ou quatre personnes dans chaque paroisse à faire Pâques. »

En 1819, il réitère : « Les Blancs se contentent de se faire baptiser et enterrer. Presque pas de mariage ; quant aux Noirs, personne ne s’en occupe. » Les nominations et les mutations risquent bien souvent de déclencher de nouvelles querelles des investitures. Les conflits sont inévitables entre les autorités. « L’évêque, ici, c’est moi », réplique, un jour, le gouverneur de Bourbon au père Collin.

D’après le RP Rémy L’Hermite, Mgr De Solages doit sévir contre certains abus de pouvoir, aussi l’accuse-t-on de rigueur.

« Craignant que son zèle, soumis à de rudes preuves par suite de son manque d’expérience et de ses propres maladresse, n’eût pas dans cette île le succès qu’il escomptait, il décida de partir pour Madagascar. » Il laisse à M. Dalmond la charge de vice-préfet.

Le mystère qui entoure la Grande île, ne fait que raviver son zèle. « Île très difficile qui exige beaucoup de labeur ; île infinie par l’étendue, regorgeant de population et d’autant plus difficile, exigeant d’autant plus de labeur qu’elle n’avait pas été encore illuminée par les prédications évangéliques et qu’elle était presque entièrement remplie de superstitions idolâtriques », mentionnera-t-il un peu plus tard au père Dalmond. Le 13 juil­let 1832, accompagné du catéchiste Jean-Baptiste et du domestique Casimir, il s’embarque pour l’île Sainte-Marie et de là, il gagne Toamasina.

Cependant, la capitale reste son objectif, mais elle est inaccessible tant par la distance que par les dispositions de Ranavalona 1ère. Solages ignore tout du pays et de ses mœurs. Muni de lettres d’introduction du gouverneur de Bourbon auprès de la reine, il ne comprend rien aux tergiversations qui le cloue à Toamasina, où le gouverneur Coroller lui demande d’attendre la réponse royale.

Mais las d’attendre, il se met en route par étapes, à pied sur des pistes boueuses ou en pirogue. Jean-Baptiste tombe bientôt malade et rebrousse chemin pour retourner à La Réunion, tandis que Casimir meurt. La reine, avertie de son départ, lui intime l’ordre de s’arrêter.

Voici ce que raconte M. Dalmond dans son journal en 1837. « M. De Solages s’était acheminé vers Emyrne contre l’ordre de Coroller, gouverneur de Tamatave. Ce dernier expédia des satellites qui l’arrêtèrent à 30 lieues dans l’intérieur ; ils voulurent le ramener à Tamatave ; M. De Solages s’y refusa. Alors Coroller le fit placer dans une case isolée, gardée à une certaine distance avec défense aux Malgaches de lui donner aucun secours, aucun vivre, sous peine de mort… Il resta environ un mois dans cet état et malade… Un jeune homme, M. Hely, habitant dans les environs, se hasarda à aller le voir. M. De Solages était presque mourant. Il demanda à M. Hely un peu de bouillon, mais le malade ne put le prendre… M De Solages mourut dans la nuit. Le lendemain, M. Hely engagea un de ses amis à aller avec lui pour le faire enterrer. Ils prièrent des Malgaches de les aider, mais ceux-ci dirent qu’ils ont peur de Coroller, qu’ils ne pouvaient lui rendre ce seul et dernier service… Les deux jeunes gens ne purent avoir de bière, se procurèrent deux matelas, placèrent le corps entre, et le mirent ainsi en terre. Ils mirent une croix sur son tombeau et firent un entourage en bois… »

Le séjour de Mgr Henri de Solages en terre malgache est de cinq mois. « Le 8 décembre 1832, jour de sa mort, marque l’échec de la première tentative d’implantation catholique sur la Grande terre. »

 

Pela Ravalitera

Vendredi 27 decembre 2013

L’Express

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