2013-12-28 Notes du passé: Les Antandroy, gens du voyage par nécessité

Publié le par Alain GYRE

Les Antandroy, gens du voyage par nécessité

Ils forment un peuple qui migre beaucoup. D’une manière générale, l’histoire des migrations des Antandroy a pour pivot les années 1929-1930. L’ethnologue Jacques Feniès en donne une raison très simple mais fondamentale. Il s’agit de « l’éviction en moins de deux ans (1928-1930), sous les attaques de la cochenille (dactylopuis), de ce véritable totem végétal qu’était le raketa gasy ».

Solide barrière protectrice derrière laquelle ont vécu de petits mondes clos, le « raketa » est

« cette providence qui pouvait garantir hommes et bêtes de la faim ».

Ce « longo » ou ami- nom dont on le gratifie- disparu, les menaces périodiques de disette se précisent, d’autant plus qu’il existe en formations très serrées sur la bande côtière, au sud de l’axe Ambovombe-Tsihombe. Plus précisément, dans une « zone de condensation humaine relativement élevée ».

L’aloès ixit qui se propage à une cadence jugée trop rapide à l’époque, deviendra en place du

« raketa », le nouvel emblème du pays.

En effet, « les pointes acérées de ses feuilles constitueront une protection aussi efficace que les épines des raketa ». Néanmoins, il ne fournit pas de fruits, ni cette chair végétale où les animaux pouvaient trouver à boire et à manger.

Cette modification radicale du paysage, entraîne un bouleversement complet du genre de vie habituel, la rupture d’un équilibre précaire peut-être, mais qui, jusque-là, a fait ses preuves.

« C’est en conformité avec les impératifs d’un climat subdésertique que va s’opérer la recherche d’un équilibre nouveau. »

Dès cette époque, il semble que l’administration coloniale se préoccupe de creuser des puits, d’aménager des sources et de développer des cultures solides et résistantes.

Cependant, sur la zone littorale, il n’y a pas de puits possibles, sauf en creusant à de grandes profondeurs.

Il reste alors l’Andafy, « territoire de l’inconnu qui commence là même où l’Androy, sa végétation spéciale, son climat et ses hommes s’arrêtent ».

L’Andafy se présente assez terrifiant, « paré de maléfices» que quelques hommes, contraints, ont affronté dès 1922. Ils en reviennent riches d’histoires nouvelles à conter, de vêtements et d’ustensiles « inédits », riches plus encore d’une expérience qui prouve qu’ailleurs, il y a de quoi se nourrir et gagner de l’argent.

Cette piste nouvelle, à l’époque orientée vers La Réunion ou les diverses garnisons de l’île, devient celle du salut sous la menace précise de la faim.

Les années 1930 à 1932 sont des années de marasme économique général, mais l’Androy reçoit, de 1931 à 1934, assez de pluie pour que les produits de son sol peu généreux puissent permettre de vivre ou plutôt de subsister. 1935 est une année de disette, mais par une heureuse coïncidence, l’économie de l’île connaît une relance sensible.

L’Andafy manque de bras, d’autant que la « source d’approvisionnement » cesse de couler en pays antesaka : l’Antan­droy est

« bon pour la relève».

« Cette expression est employée à dessein pour faire ressortir le caractère souvent dirigé des migrations dans la période qui s’étend jusqu’en 1946 ; migrations dirigées et orientées en liaison directe avec un système administratif autoritaire devant s’effacer, par la suite, pour faire place à un système libéral. »

1936 est une année relativement bonne. Jusqu’en 1940, se succèdent des années qui présentent un équilibre alimentaire à peu près normal, mais l’habitude s’installe.

« Les Tandroy sont devenus des gens du voyage, non pas qu’il s’agisse véritablement d’une manie, mais plutôt d’un besoin, d’une volonté des économies naturellement convertibles en bœufs. »

 

Pela Ravalitera

Samedi 28 decembre 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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