2013-12-30 Notes du passé: La plus grande disette de l’Androy en 1943

Publié le par Alain GYRE

 

La plus grande disette de l’Androy en 1943

Jusqu’en 1939, les Antandroy migrent surtout vers le Nord-ouest et le Nord de l’île pour pallier le marasme dû à la sécheresse dans leur pays.

Les deux régions restent les principaux employeurs de la main-d’œuvre en raison directe de leur développement agricole et industriel- plantation de cultures industrielles, conserveries…- et d’une densité de population assez peu élevée. Elles forment une zone dépressionnaire qui crée un appel démographique.

En 1940, la guerre éclate avec toutes ses conséquences, notamment la mobilisation d’une partie des ressources, mais aussi des gens, le ralentissement dans le mouvement commercial. Si bien que le nombre des contrats tombe de moitié : 461 contre 1159 en 1938 et 995 en 1939. Il remonte à 1045 en 1941 pour retomber à 619 en 1942, année de l’occupation anglaise et de la division passagère de l’île en deux.

Malheureusement, en 1943 se produit l’une des plus grandes, sinon la plus grande des disettes de l’Androy. C’est aussi une grande année pour « le commerce local qui accumule par sacs entiers les bijoux dont les femmes tandroy se défont contre quelques poignets de vivres », écrit l’ethnologue Jacques Feniès.

« Des êtres faméliques se traînent en direction du Manambovo ou de Fort-Dauphin et y parviennent, à bout de ressources, pour y mourir le plus souvent. » Quinze mille personnes disparaissent ainsi, que la guerre et ses difficultés particulièrement cruciales cette année-là, ne permettent pas de sauver, à cause de la précarité du ravitaillement, des transports terrestres, aériens, maritimes, coupure totale avec la Métropole… Mais aussi l’insuffisance des effectifs administratifs en place. Aussi n’est-il pas étonnant si le nombre de contrats de l’année s’élève à 3000.

En outre, à côté des départs contrôlés par les contrats et les livrets, d’autres qualifiés de libres se font dans toutes les directions. Tels les districts humides de Tsivory et Tolagnaro, vers les Plateaux, la côte Est, le Nord et le Nord-ouest. Et en 1943, c’est d’un véritable exode qu’il s’agit, car des villages se vident entièrement de leur population, des enfants sont « abandonnés à leur sort, cédés voire

vendus ».

Seuls les vieillards et les impotents assurent la garde des cases délaissées, attendant la fin sur place.

Les rapports de 1943 signalent que la ponction qui est opérée par la disette, porte sur les zones d’Ambondro, Androhondroho, Ifotaka où les départs se situent autour de 50% au moins. « Il n’est pas exagéré de dire qu’une masse de 20 à 30 000 Tandroy a quitté alors le district d’origine. »

L’année suivante, on remarque une situation plus normale. C’est le temps du retour, permis par des conditions meilleures, mais des Antandroy s’installent à demeure dans les districts d’accueil. En 1945-46, le mouvement se poursuit et s’amplifie, les départs sont beaucoup moins nombreux, la couche des naissances repart de plus belle comme pour combler l’immense vide creusé en 1943.

À la faveur de la création- éphémère- d’un gouvernement du Sud, le gouverneur Martine prend un arrêté qui interdit désormais toute exportation de main-d’œuvre vers les districts du Nord. En 1947, répondant au souci de l’unité de commandement dans le cadre des luttes contre la famine, le grand district de l’Androy est créé.

L’année suivante, sous la présidence du haut commissaire de Chevigné, se tient à Ambovombe une conférence qui met sur pied un plan de défense axé sur deux objectifs : le forage de nouveaux puits et la plantation de raquettes inermes. « La réalisation d’une partie de ce programme, s’appuie sur une nouvelle série d’années acceptables, de 1947 à 1956. »

Pela Ravalitera

Lundi 30 decembre 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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