2013-12-31 Notes du passé: L’Antandroy, un grand pionnier du développement

Publié le par Alain GYRE

 

L’Antandroy, un grand pionnier du développement

Anciennes ou non, les causes de migrations des Antandroy, à partir du début des années 1930, sont, dans tous les cas, d’ordre économique, social et psychologique.

Outre le facteur disette déjà signalé par l’ethnologue Jacques Feniès (lire notre précédente Note), deux phénomènes liés entre eux méritent aussi d’être soulignés : d’une part, la fuite humaine déterminée par la sécheresse ; de l’autre, la faiblesse démographique dans certaines zones.

Ce qui amène l’auteur à écrire: « Il n’est pas exagéré de dire que le Tandroy est, à sa manière, et bien qu’il soit conduit et dirigé, un des grands éléments pionniers dans la mise en valeur des riches deltas de la côte Nord-ouest et cela, qu’il s’agisse de riz, de tabac, de canne à sucre, de sisal ou d’ylang-ylang.»

Dans les mêmes régions, les industries de conserves de Boanamary, de la Rochefortaise ou de la Scama, les usines de défibrage de sisal d’Ampijoroa ou d’Antsiranana le sollicitent tout autant. Il en va de même des ports de Mahajanga, Antsiranana et Hellville (Nosy Be).

« La carte des centres d’immigration tandroy peut s’assortir ainsi de l’image des principales productions du champ et de l’usine, intéressant aussi bien le monde rural que le monde urbain. »

Omniprésent dans l’île, omnipotent dans les tâches rudes, l’Antandroy se retrouve également sous terre, dans les mines de charbon de la Sakoa, dans les galeries de quartz ou de mica. « Si fruste soit-il, il a rendu ainsi… à l’économie générale d’immenses services. » Il est vrai que l’Extrême-Sud est considéré à l’époque comme un « puits intarissable d’hommes » !

Toutefois, la véritable cause de ces migrations est d’ordre économique. Mais nul ne peut occulter le facteur de considération sociale qu’est le bœuf. C’est très souvent cet animal-symbole qui motive les grands déplacements, surtout dans les années de non-disette.

Si un père refuse de donner des bœufs à son fils, ce dernier s’exile dans le Nord afin de pouvoir s’en procurer. Un autre y va pour préparer son cadeau de mariage ou pour augmenter son prestige personnel, toujours par l’achat de bœufs.

Enfin, Jacques Feniès cite des causes de migration d’ordre psychologique, « domaine où l’évolution est rapide et considérable ». Jusqu’en 1930, il est très difficile de trouver des porteurs pour atteindre Tolagnaro ou dépasser Tsivory. Mais très vite, « les gens du retour » donnent des informations aux sédentaires, les encouragent à partir aussi, « amusés par avance par les révélations de milieux nouveaux ».

Et à partir du deuxième voyage, l’émigrant adopte la « mentalité du salarié ».

S’il a du mal à se plier à des règles, à un horaire de travail, et de s’habituer à un climat et un milieu souvent fort différents, « il est immanquablement tenté de voir dans sa position, une supériorité marquée sur celle du paysan ou de l’éleveur restés accrochés à leur sol. »

Effectivement, si ces derniers produisent juste de quoi se nourrir et ne vendent que peu de produits, au contraire, il est généralement nourri sinon logé. Ainsi, sa paie lui permet d’acheter des habits, des ustensiles, voire d’envoyer des mandats à sa famille.

Il faut enfin voir derrière ces migrations la nécessité de gagner de quoi payer les impôts. Ce qui explique le travail à court terme (trois ou quatre mois) de l’Antandroy sur les divers chantiers des districts voisins.

Parmi ces migrations périodiques ou annuelles, il faut aussi mentionner le phénomène des transhumances des troupeaux et de leurs bouviers, de la zone desséchée à celles plus humides, telles Bekily, Betroka, Ebelo, Tsivory, Esira. Elles portent sur

3 000 à 6 000 bœufs en fonction de l’indice de sécheresse (6 000 environ, en 1956) et sur quelques centaines de gardiens.

Ainsi, d’une durée de quelques mois à quelques années, il arrive que les migrations du peuple antandroy soient aussi parfois définitives. Mais les temporaires semblent les plus nombreuses.

Pela Ravalitera

Mardi 31 décembre 2013

L’Express

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