2014-01-02 Notes du passé: Un excédent de naissances sur les décès

Publié le par Alain GYRE

 

Un excédent de naissances sur les décès

A la veille de l’avènement de la République malgache, le marché de l’emploi s’intègre dans deux vastes perspectives, à savoir la structure de la population active et le mouvement démographique.

D’après J.A. Roy, inspecteur du travail et de lois sociales de la France d’Outre-mer en 1957, la première de ces perspectives indique les possibilités ouvertes au salariat et la deuxième marque les pressions plus ou moins fortes qui s’exercent dans les demandes d’emplois. « Une répartition bien équilibrée de la population active- en gros, un tiers dans l’agriculture et les mines, un tiers dans l’industrie et un tiers dans le secteur tertiaire (commerce, services, bureaux)- permet de trouver des débouchés à toutes les candidatures et à toutes les aptitudes. »

En outre, un essor démographique qui va de pair avec le développement de la production et des investissements favorise « une croissance harmonieuse de l’appareil économique et de l’emploi ».

J.A. Roy parle d’un accroissement de 1% de la population qui doit « normalement » correspondre à 3 à 5% des investissements et de l’emploi ». Et en 1956, aucun élément de la situation ne répond à ces impératifs dans la Grande île. Il présente alors la structure de la population active estimée à 2 060 000 personnes : 75% d’agriculteurs, 17,7% de patrons, 4% d’ouvriers, 1,6% de gens de service, 1,3% d’employés et 0,4% de professions libérales et cadres.

Ainsi, par rapport à la situation française, l’agriculture a une part énorme, presque triple de celle qu’elle a en France. De plus, on constate un fort développement du petit commerce et de l’artisanat : sur 362 000 patrons, il n’y a que 6 000 pour l’industrie. Et deux secteurs sont d’une « faiblesse dérisoire » : le salariat et les services qui, dans l’ensemble, ne représentent que 11% de la population active (55 à 60% en France). Les ouvriers d’industrie notamment n’en constituent que 4% (34% en France). « Or, les bases d’une économie prospère et stable sont une industrie et une agriculture fortes et égales. » Et les services n’interviennent que pour 3,3% (26% en France).

Parallèlement, la population est en pleine croissance, l’excédent des naissances sur les décès étant de 137 000 en 1956 (260 000 en Métropole pourtant dix fois plus peuplée). Cela s’explique par le succès des efforts menés contre la mortalité infantile et les maladies sociales (paludisme, lèpre, tuberculose) et un fort taux de natalité de 30/1000 entretenu par la politique de prestations familiales.

Essor qui « crée des devoirs nouveaux à la puissance publique qui a déjà instauré les allocations familiales », les 2/5 de la population ayant moins de 15 ans.

Ce qui laisse présager qu’en quelques années, les problèmes de l’emploi se poseront avec une acuité inconnue jusque-là.

En effet, même si les surfaces cultivées peuvent être doublées, l’agriculture ne saura être un débouché suffisant à cette jeunesse. Car à cause de la faible productivité agricole, il est plus que temps de moderniser les méthodes culturales par la mécanisation, la sélection des semences, la pratique des amendements et des engrais. Bref, « pour des superficies accrues, il faudra employer moins de main-d’œuvre et le problème du reclassement des agriculteurs va se poser ».

J.A. Roy sonne le signal d’alarme : « La part du secteur agricole dans la population active doit donc baisser si l’on veut aboutir à une modernisation et à une industrialisation de l’économie malgache. » Et de conclure que lorsque l’industrie aura pris son essor dans les secteurs appropriés aux ressources et aux besoins de l’île (alimentation, textiles, BTP), le secteur tertiaire pourra à son tour se développer. Ce qui est impensable dans un pays où la masse de la population, agricole, doit se contenter d’un faible revenu annuel.

 

Pela Ravalitera

Jeudi 02 janvier 2014

L(Express

Publié dans Notes du passé

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