2014-02-15 Les Honneurs pour motiver les hommes riches

Publié le par Alain GYRE

Les Honneurs pour motiver les hommes riches

 

15.02.2014

Notes du passé

 

 

En organisant son armée sur le modèle britannique, Rada­ma 1er choisit surtout les hommes riches parmi  ses sujets, oisifs, qui vivent du produit du travail de leurs esclaves (lire précédente Note). Ainsi, comme les fonctions militaires ne comportent aucun avantage à l’exception du partage du butin,

 « il était évident qu’il fallait les rendre honorifiques » (Jean Valette, archiviste-paléographe, dans une causerie sur le règne de Radama 1er, sur la radio « Hautes Études » de Tananarive en 1961.

 Ainsi, l’uniforme, les tuniques rouges, les épées y contribueront. Voici ce qu’en dit le roi merina à ses sujets réunis à Andohalo. « Ce ne sont pas seulement les fusils et les canons qu’on amènera chez nous, mais toutes les belles nouveautés, tous les beaux vêtements rouges qu’ils nous ont montrés, et les beaux vêtements noirs, les galons, les beaux sabres qu’on porte si bien en Europe, et je vous le déclare, ô mon peuple, c’est cela qui va embellir notre pays.»

 Lorsque les effectifs militaires augmentent, les soldats sont répartis entre différents grades. D’après Jean Valette, l’institution des Honneurs ou Voninahitra qui subsistent encore de nos jours,

 « bien que déformée », est créée à cette occasion. « Modèle de simplicité et de logique, ce système montrait que la distinction et l’honneur seraient le caractère essentiel du futur combattant. »

 Chapus décrit assez bien ces différents grades.

 « Le simple soldat était premier honneur et cela le désignait au respect de la population civile. Il jouissait par rapport à ceux qui n’appartenaient pas à l’armée du privilège de réquisition. Il pouvait les astreindre à la corvée. Le général ou commandant en chef de 1 000 hommes était dixième honneur. On peut supposer que cette hiérarchie fut instituée à l’époque où l’armée régulière atteignit l’effectif de 1 000 hommes. Les huit autres échelons constituent les intermédiaires entre le général et le simple soldat : le IXe honneur était lieutenant du Xe, le VIIIe celui du IXe et ainsi de suite jusqu’au VIe qui correspondait au capitaine ; le VIe honneur commandait, lui, un groupe de 100 hommes. Après venaient le lieutenant (Ve honneur), deux sergents (IVe et IIIe honneurs) et le caporal,

 IIe honneur. »

 C’est la version simplifiée des grades européens pour ne pas

 « embrouiller les esprits encore peu formés aux innovations ». De surcroît, précise Jean Valette, le système est élastique et s’adapte facilement à des effectifs de 10 000

 et 20 000 hommes. Par la suite, notamment sous Rainilaiarivony, sont créés de nouveaux honneurs jusqu’au XVIe.

 Les premiers soldats, au nombre de 50 à 400, sont levés dans les quatre divisions de l’Ime­rina : Avaradrano, Vakinisisaony, Marovatana, Ambodirano. Puis leur effectif passe de 400 à 1 000 soldats à l’initiative de Brady, l’un des nouveaux instructeurs, et à James Hastie. « Ils auraient demandé à Radama la permission de porter à 1 000 le nombre des soldats, en se faisant fort, avec cet effectif de soumettre tout le pays.»

 En fait, il s’impose aux esprits qu’un petit nombre d’hommes, bien organisés, peuvent obtenir les mêmes résultats que « les foules» de combattants connues auparavant, mais sans être exposés à la famine. « Les pays traversés pouvaient subvenir plus aisément aux besoins de l’armée d’occupation et, d’autre part, les cultures n’étaient pas interrompues d’où possibilité de ravitailler l’armée. »

 Les besoins exacts en effectifs se révèlent par la suite car le chiffre 1 000 est vite jugé insuffisant. Jean  Valette estime que les corps entraînés s’élèvent à 4 000 hommes, puis en 1823 à 6 000 dont 1 000 artilleurs dotés de

 14 bouches à feu. Ces troupes entraînées à l’européenne, ne constituent pas la totalité des hommes engagés dans les guerres qui suivent les réformes.

 Selon Ellis, l’expédition contre le Menabe en 1821, compte environ 70 000 hommes, les 1 000 soldats dont se compose à cette date l’armée régulière, n’en constituant que le noyau. « Aussi cette campagne n’obtint-elle pas les résultats espérés. » Ainsi un effort considérable est accompli pendant l’année 1822 qui donne d’appréciables résultats puisque l’année suivante, l’expédition menée sur la côte Est comporte 13 000 soldats encadrés. La campagne de

 1 824 contre le Boina rassemble au total 14 210 hommes : 600 pour l’artillerie, 650 pour le génie et six brigades d’infanterie de 2 160 hommes chacune. Les deux premières constituent la garde du roi, les Avaradrano forment la troisième, les Vakinisisaony la quatrième, les Marovatana la cinquième et les Ambodirano la sixième.

 En outre, cette armée de 1824 marche précédée d’éclaireurs et a son service d’intendance. Elle manœuvre enfin selon les principes de l’art militaire, soumise à une discipline sévère.

 

Pela Ravalitera

L’Express

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