2014-02-25 Intégrité nationale, unité et indépendance

Publié le par Alain GYRE

Intégrité nationale, unité et indépendance

 

25.02.2014

 

Notes du passé

 

 

25 janvier 1973.   Des négociations officielles s’ouvrent à Paris, présidées par Maurice Schuman, ministre français des Affaires étrangères. Elles marquent un grand tournant dans les relations franco-malgaches. En effet, leur principal objet est de réexaminer les Accords de coopération  paraphés dans la capitale française le 2 avril 1960, avant d’être signés à Antananarivo le 27 juin suivant.

 Pour les observateurs de l’époque, ces accords ne cadrent plus avec « les aspirations d’un peuple qui a pris conscience de sa souveraineté et de son indépendance nationales » et sont, de ce fait, considérés comme « caducs de facto ».

 « Les négociations auront donc un caractère global, c’est-à-dire qu’elles porteront sur l’ensemble des relations qui s’étaient nouées entre les deux pays, en particulier sur la défense, les bases françaises existant dans l’île, la monnaie, l’enseignement… » (Georges Ramamonjisoa, Bulletin de Madagascar, mars-avril 1973).

 Cette « conférence historique » constitue l’un des changements réclamés par les manifestants, estudiantins et travailleurs, de mai 1972. Ils souhaitent voir- et le clament haut et fort- « de nouveaux rapports fondés sur l’égalité » se substituer « aux anciens rapports de domination ».

 Font partie de la délégation dirigée par le ministre Didier Ratsiraka des Affaires étrangères, son homologue de l’Économie et des finances, Albert-Marie Ramaroson, l’ambassadeur malgache à Paris, le Dr Albert Ra­koto-Ratsimamanga, ainsi que 27 experts des départements des Affaires étrangères, de l’Économie et des finances, de la Défense, de la Justice, des Affaires culturelles, des Affaires sociales, de l’Agriculture  et de la Marine marchande.

 La délégation devant embarquer pour Paris le 20 janvier 1973, l’avant-veille, Didier Ratsiraka tient une conférence de presse qui réunit « 80 journalistes de la capitale ».

 Leurs questions conduisent le ministre Ratsiraka, d’une part à révéler qu’en 1960, Madagascar n’a eu aucun projet de coopération à présenter et n’a pu que « placer des virgules dans le projet français » ; et d’autre part, à affirmer avec force « qu’une défense ne saurait être que nationale, car un gouvernement ne peut pas défendre un autre pays comme il défendrait le sien propre ».

 Puis  d’ajouter que dans le domaine monétaire, « Madagascar réclamait l’indépendance pour son Institut d’émission ».

 Auparavant, le ministre des Affaires étrangères a abordé « l’orientation de notre politique étrangère, en général, et la révision des accords dits de coopération avec la France, en particulier ». Il débute sa conférence de presse en citant le président tanzanien, Julius Nyerere, lors de la Déclaration d’Arusha :

 « Nous avons été sévèrement opprimés, largement exploités, longtemps humiliés. Ceci est dû à notre faiblesse. Maintenant, nous voulons une révolution qui mettra fin à cette faiblesse de manière que jamais, nous ne soyons plus opprimés, exploités, méprisés. »

 Ce qui amène Didier Ratsiraka à indiquer que ce n’est possible que s’il y a « une révolution dans notre mentalité, dans notre manière d’être, une révolution politique, économique, culturelle, sociale ».

 Ainsi, désormais, la politique étrangère devra  se fonder « sur l’intérêt supérieur de la Nation, l’intégrité territoriale, l’unité et l’indépendance ». Elle devra tendre à préserver « notre indépendance, notre libre-arbitre, notre autonomie de décision dans tous les domaines » et enfin, à sauvegarder « la paix et la justice lorsque l’occasion se présente ».

 Cette décision entraîne ainsi sur le continent la rupture des relations avec le pays de l’Apar­theid et le renforcement des liens avec l’organisation de l’unité africaine et les pays progressistes d’Afrique.

 Toutefois, comme « le pays est pauvre », il ne peut « se confiner à l’intérieur de ses frontières ».

 « Loin de s’absorber dans quelque bloc politique, dans quelque plan idéologique, Madagascar s’ouvre délibérément vers l’extérieur, pourvu que les pays avec lesquels il a des relations veuillent bien accepter les cinq principes de la Coexistence pacifique. »

 

Pela Ravalitera

l'Express

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