2014-03-01 Une malgachisation intelligente de l’enseignement

Publié le par Alain GYRE

Une malgachisation intelligente de l’enseignement

 

01.03.2014

Notes du passé

 

 

«L’objectif doit être à la fois de démocratiser et de malgachiser d’une façon intelligente et réaliste. »  Dans son discours-programme du 27 juillet 1972, le général Gabriel Ramanantsoa donne des directives précises concernant la voie à suivre en matière de malgachisation. Le 13 décembre suivant, à cause des troubles à Toamasina, il tient à faire une mise au point.

 « Je dénonce publiquement les tenants d’une politique de malgachisation totale et immédiate qui ne peut que compromettre la rénovation nationale. À chacun de nous de faire preuve de lucidité et de compréhension pour que la malgachisation se fasse selon une programmation harmonieuse dans l’espace et dans le temps. »

 Il poursuit : « La langue doit évoluer et recevoir sa consécration nationale à travers le reflet de toutes les nuances et de toutes les richesses qui concourent à notre unité. Une commission nationale de la langue et de la civilisation se chargera d’inventorier, de compiler et de codifier tous les apports dialectaux afin de poser les bases d’une langue malgache unique, fondée sur un vocabulaire unique et une grammaire unique. Quant au choix de la langue d’enseignement, le malgache enrichi par les apports régionaux sera introduit progressivement à tous les niveaux. »

 D’après le ministre Justin Manambelona, début 1973, les commissions créées à Antana­narivo pour mettre au point le Programme 1973, portent une attention particulière au problème. « Un point a été acquis : on ne peut pas se défaire tout d’un coup de l’ancienne langue d’enseignement. L’introduction du malgache se fera progressivement », révèle-t-il.

 Le secrétaire général du ministère de l’Education nationale, Randriamiharisoa souligne de son côté, à propos de la langue d’enseignement dans les écoles primaires : « L’idée de base était surtout le souci de faire comprendre aux élèves ce qu’ils apprennent et non pas de leur faire comprendre des leçons. Les matières seront donc enseignées dans le langage usuel qui permet aux élèves de les comprendre. C’est seulement après, qu’ils apprendront le malgache officiel. »

 Partant de l’idée de base que « cette langue est nationale », il est nécessaire de l’enseigner et de l’utiliser dans l’enseignement. Comme le préconise le général Ramanantsoa, « le but à atteindre est d’enrichir cette langue et de lui donner une base stable et durable ».

 Au niveau primaire, deux objectifs sont retenus « dans la perspective d’une malgachisation de l’enseignement ». Le premier est de donner à l’enfant des connaissances pratiques nécessaires dans la vie courante. « Il ne s’agira plus de vivre à l’extérieur, mais de vivre sa vie » (Georges Ramamonjisoa). Le deuxième objectif est de permettre à l’enfant d’approfondir des connaissances se rapportant à la Grande île et particulièrement, au milieu où vit l’enfant. « Une plage prépondérante est donc accordée à l’enseignement par le malgache et du malgache. »

 Au niveau secondaire, des difficultés se présentent, en particulier à cause de la pénurie de professeurs qui ont reçu une formation et une pédagogie suffisantes pour enseigner le malgache. Il y a aussi l’insuffisance de la préparation des parents et des élèves à l’enseignement de cette langue, l’insuffisance du matériel technique, surtout des livres.

 C’est pourquoi le programme retenu prévoit, primo, la mise en place d’un service public, spécialement chargé de la malgachisation de l’enseignement du malgache et de l’étude des difficultés qui se présentent.

 Secundo, la création de Commissions nationale et provinciales chargées de procéder à des études de la langue et des us et coutumes malgaches. Elles assisteront le service qui vient d’être créé.

 Tertio, l’élaboration d’un programme de vocabulaire précis. Celui-ci ne devra pourtant pas être trop chargé afin de ne pas provoquer une rupture trop brutale risquant de troubler l’enseignant, l’élève et les parents.

 Et quarto, l’élaboration d’un programme d’enseignement  « lequel ne doit donner un quelconque avantage à telle ou telle région », non seulement dans les examens, mais aussi dans l’épanouissement humain.

 Dans l’enseignement secondaire, selon les nouvelles options gouvernementales, les études devront comporter l’apprentissage de langues étrangères.

 « Progressivement, le français va occuper sa place de langue étrangère ; la finalité de son enseignement doit, de ce fait, changer et par conséquent, l’échelle de référence également. »

Notes du Passé

L’Express

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